‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 128 sur 239 · Lettre du 20 juillet · texte numérisé non relu

Lettre du 20 juillet

176 LA « PROFESSION DE FOI » DE .lEAN-JACQUES.

recevoir un billet de confession et faire ses pAqucsi? La réponse de Rousseau — et c'est la dernière — garde le ton des précédentes; elle n'a pas l'émoi ion de sa lettre à Saint- Brisson, parce que, somme toute, il ne peut s'em[)écher de trouver risible ce i< lion jcnne homme », si prompt à s'affoler et à se contredire; mais son attitude n'a point changé. Sans doule, il réserve pour les Ames fortes, « quand les institutions humaines sont à tel point de dépravation qu'il n'est plus possible d'y vivre », le droit « de ne plus écouter que leur propre cœur t> ; mais, pour les âmes ordinaires, dans les circonstances ordinaires, il renouvelle ses conseils pacifiques. Pourquoi aller au-devant « d'inconvénients terribles, pour n'avoir pas voulu prendre en cérémonie un morceau de pain »? Prudence presque voltairienne, qu'il dépasse heureusement dans le reste de sa lettre. S'il engage son disciple à ne pas reculer devant la confession, c'est que (c confesser ses fautes est une chose utile pour s'en corriger, parce que, se faisant une loi de dire tout et de dire vrai, on est souvent retenu d'en commettre par la honte de les révéler ». L'Église calholique, il est vrai, exige de ses fidèles « une foi robuste, et que chacun n'est pas maître d'avoir connue il lui plaît. Mais de quoi s'agit-il, au fond, dans cette affaire? Du sincère désir de croire, d'une soumission du cohu- plus que de la raison; car enfin la raison ne dépend pas de nous, mais la volonté en dépend, et c'est par la seule volonté qu'on peut être soumis ou rebelle à l'Lglise. Je commencerais donc par me choisir pour confesseur un bon prêtre, un homme sage et sensé, tel qu'on en trouve partout, quand on les cherche. Je lui dirais : je vois l'océan de difficultés oîi nage l'esprit humain dans ces matières; le mien ne cherche pas à s'y noyer; je cherche ce qui est vrai et bon. Je le cherche sincèrement; je sais que la docilité qu'exige l'Église est un état désirable pour être en paix avec soi; j'aime cet état, j'y veux vivre; mou

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esprit murmure, il est vrai, mais mon cœur lui impose silence, et mes sentiments sont tout autres que mes raisons. Je ne crois pas, mais je veux croire, et je le veux de tout mon cœur. Soumis à la foi, malgré mes lumières, quel argumcmt puis-je avoir à craindre? Je suis plus fidèle que si j étais convaincu ' ».

C'est dans l'intervalle de sa Lettre à M. de Beauinoiit et des Lettres de la montagne que Rousseau écrivait ainsi à l'abbé de Carondelet. C'était donc à. bon droit qu'il pouvait se rendre à lui-même cette justice publique de n'avoir jamais cherché à compromettre la paix des Églises. Pour qui s'appelait Jean-Jacques Rousseau, il était difficile, en effet, d'être moins révolutionnaire, de ménager plus prudemment la transition vers l'avenir, ou même de mieux consolider le passé : si quelqu'un, étonné de pareilles lettres, lui avait indiscrètement demandé quel « ange » lui avait donc « désillé les yeux », et suggéré des avis si sagement conservateurs, il aurait répondu, comme à Mme de Bouftlers : « Il ne fallait point pour cela d'autre ange que le Vicaire Savoyard - ».

Mais toutes ces lettres de direction, tous ces manifestes publics, si intéressants qu'ils soient, ne nous font connaître que ce que l'on pourrait appeler l'aspect intellectuel et social de la religion de Jean-Jacques. Derrière toute cette mêlée d'arguments, derrière ces suprêmes effoits d'adaptation à la religion nationale, ces conseils d'hygiène spirituelle, qui engagent la responsabilité du citoyen ou de l'homme, — il y a un esprit au repos, qui a trouvé sa foi définitive; et, à une couche plus profonde encore, il y a une âme très intérieure, qui se nourrit délicieusement de son rêve religieux. Les années qui lui restent vont le libéi'er du tumulte des discussions, et permettre à cette vie secrète de devenir toute la religion de Jean-Jacques.

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