‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 130 sur 239 · Lettre de la monlaijiie, lll · texte numérisé non relu

Lettre de la monlaijiie, lll

2. Exactement entre la lin de décembre 1760 et le 5 novembre 1761 : cf. mes Questions de clironologie roiisseauiste [633], ori-56.

({lie Housseau a cru pouvoir l'evenir à sa théorie de la <i religion civile », pour lui donner sa forme définitive.

Cette remarque pourra nous prémunir contre Télonnement que nous réserve d'abord ce petit traité, et qui prit au dépourvu ses premiers lecteurs. Au sorlir de la Profession de fui, ils se sentaient mal à l'aise devant les formules déconcertantes du politique. Ici, lui disait-on, « vous bénissez le ciel d'être né dans la religion la plus raisonnable et celle qui est la plus sociable; et dans le Contrat social, vous dites que vous ne connaissez rien de plus contraire à l'esprit social C{ue le christianisme^ ». Telle est bien la contradiction apparente où viennent se heurter la Profession et le Contrat; et cette contradiction se présente même sous [)lusieurs aspects. « Je regarde toutes les religions, dit le Vicaire Savoyard, comme autant dinslitutions salutaires, qui prescrivent, dans chaque pays, une manière uniforme d'honorer Dieu par un culte public, et qui peuvent toutes avoir leurs raisons dans le climat, dans le gouvernement, dans le génie du peuple, ou dans quelque autre cause locale, qui rend l'une préférable à l'autre, selon les temps et les lieux. Je les crois toutes bonnes, quand on y sert Dieu convenablement ». L'auteur du Contrat social, « considérant la religion par rapport à la société », la '< divise en trois espèces»; et, du point de vue « politique », déclare que ces trois espèces <> ont toutes leurs défauts », que toutes, à bien prendre, sont nuisibles à l'Iiltat ; celle-ci parce qu'elle rompt Tunité sociale, celle-là parce qu'elle est fondée sur le mensonge, la troisième parce qu'elle énerve le

1. UsLeri à Rousseau, lelLrc du IG avril 1763 [43], 01: Duvoisin à Roy, leltre du 19 septembre 17G2 |25], 171; Yernes, Cliristianisine de J. J. Rousseau [330], 80-89; Journal lieluétiqae, octobre 1762 [o8 R], 338, note; /'« Lettre de la montagne, III, 127-129, etc.

citoyen '. — « Nos gouvernements modernes, disait Fannotateur de la Profession, doivent incontestablement au christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes ». <( Loin d'attacher les cœurs des citoyens à l'État, lit- on dans le Contrat social, le christianisme les en détache, comme de toutes les choses de la terre : je ne connais rien de plus contraire à Tesprit sociaP ». — Le Vicaire frémit de tout son être au seul mot d'intolérance, k A Dieu ne plaise, sécrie-t-il en songeant à ses paroissiens, que jamais je leur prêche le dogme cruel de l'intolérance, que jamais je les porte à détester leur prochain, à dire à dautres hommes : vous serez damnés; à dire : hors de l'Église point de salut ». Et il semblerait que toute la religion du Contrat dût aboutir à la plus féroce et à la plus inquisitoriale des intolérances, puisque l'État « peut bannir » ceux qui ne veulent pas accepter « les dogmes de la religion civile », et qu'il « punit de mort » ceux qui, « après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduisent comme ne les croyant pas^ ».

Mais ces réponses, en apparence contradictoires, même si elles n'arrivaient pas finalement à se rejoindre, ne devraient pas nous émouvoir davantage que Rousseau, car elles répondent à des problèmes différents, et, en quelque mesure, opposés. Le Vicaire Savoyard élabore la religion de l'homme purement homme, l'auteur du Contrat se demande si le citoyen, comme tel, a besoin d'une religion; ce qui décide, pour l'un, ce sont les besoins de l'âme individuelle, pour l'autre, les exigences de l'État; l'un est en quête de la religion « la plus vraie », l'autre de la religion « la plus sociale ». ou comme nous dirions aujourd'hui, pour éviter toute équivoque, la plus « politique ». Qu'on ne dise pas d'abord que ces deux problèmes

1. Profession de foi [47], 417-419; Contrat social, III, 385-386.

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