‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 139 sur 239 · Id., 251-2."i2; \'l'- LcUrc de la montagne, lll · texte numérisé non relu

Id., 251-2."i2; \'l'- LcUrc de la montagne, lll

4. Projet de cmiLilidion poir li Corse [23], 110-117. — Sur les rap- [lorti do la " religion civile •■ cl du « contrat social ", cf. les deux

LE PROBLEME DE LA RELIGION CIVILE. 19i

« 11 y a donc une profession de foi purement civile, dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes, mais comme sentiments de sociabilité, sans lesquels il est impossible d'être bon citoyen ni sujet fidèle ». C'est bien ce qu'admet aussi le A'icaire Savoyard, quand il déclare qu'il travaillera toujours à « afiermir la foi des hommes dans les dogmes vraiment utiles et que tout homme est obligé de croire ». L'homme social ne peut l'être, qu'en acceptant explicitement ou implicitement certains dogmes essentiels, sans lesquels il n'y a plus ni État ni société. Et c'est pourquoi ce même État, qui proscrit l'intolérance aussi fortement que le Vicaire, et qui place au nombre de ses dogmes négatifs l'ana thème à la maxime : hors de V Église, point de salut, — se fera un devoir de l'intolérance pour tous ceux qui voudraient se placer en dehors de cette religion essentielle, non pas parce qu'elle est un minimum de religion, mais parce que l'Etat ne peut s'en passer sans se nier^ Cet apparent principe d'intolérance n'est donc qu'un principe de conservation sociale.

Reconnaissons pourtant que les conclusions pratiques sont aussi intolérantes que possible. Cette religion essentielle de l'État lui est si essentielle, que, si quelqu'un la nie, l'État peut le bannir, s'il la combat, le châtier, s'il la professe sans la pratiquer, le faire périr. Ce ne seront pas là des jugements d'inquisition religieuse, mais de défense politique. Le coupable « sera puni, non comme impie, mais comme insociable », et comme inapte à aimer sincèrement la loi, ce qui est le péché anti-social par excellence. Les mêmes châtiments seront réservés à ceux qui, en sens contraire, veulent « dépasser » ces dogmes constitutifs de la société, » nous asservir à leurs opinions particulières »,

éludes opposées de MM. Scliinz [627] et Beauiavon [630], dont les points de vue ne sont pas absolument inconciliables, comme j'ai essayé de le montrer ici.

1. Contrat social, 111, 388-389; Profession de foi [47], 423; lellrc à Voltaire, X, 132.

et, pour sauvegarder l'ordre social, « troublent la paix ». L'intolérance aux intolérants, la tolérance aux autres, tel est le credo effectif de la cité K C'est ruiner, par conséquent, la distinction où se complaisaient tant de politiques du xviii'^ siècle, qui voulaient éviter les guerres religieuses, sans heurter de front les prétentions de l'Église. Ils distinguaient l'intolérance civile et l'intolérance théologique, reconnaissaient à lÉglise le droit de maintenir celte dernière, pour ne pas nier elle-même sa mission, et réclamaient la première comme une nécessité pratique, pour permettre à la société de vivre, et de vivre en paix. Jean- Jacques n'admet pas ce compromis : « Ces deux intolérances sont inséparables ». Une Église conséquente avec elle-même ne pourra jamais laisser en paix ceux qui ne croiront pas ce cju'elle juge nécessaire pour être sauvé, comme un État qui veut durer ne supportera jamais les esprits anarchiques qui refusent de reconnaître les dogmes fondamentaux de toute vie sociale. Mais, excepté cette religion civile, en dehors de laquelle il n'y a point de salut social, il reste à la tolérance théologique un domaine cjue Rousseau considère comme étendu, domaine oîi la tolérance n'est plus seulement conseillée, mais imposée. « Un article nécessaire et indispensable de la profession de foi civile est donc celui-ci : je ne crois point que personne soit coupable devant Dieu pour n'avoir pas pensé comme moi sur son culte ». 11 faut retourner le principe t^aditionnel des politiques, qui nous invitent sans cesse à concéder l'intolérance théologique, et à réclamer la tolérance civile; il faut leur répondre : « je pense tout le contraire : je crois qu'un homme de bien, dans quelque

i. Conlrat, ILI, :!88; livre V iVÉïnilc, II, 3.53; Lettre à M. de Beaumont, m, 'J3. Celte allilude est Sduli^née d'une l'ai;on piltorcs(iue dans une note de la Nouvrllc Hrlnlsn (V, v), IV, 413, où Rousseau tient à dire « bien nelteinciil son pmpre senliment •• : ■- Si j'étais magistrat^ et que la loi portât peine de mort contre les athées, je commeneerais par faire lirùler comme tel quiconiiue en viendrait dénoncer un autre ».

religion qu'il vive de bonne foi, peut être sauvé. Mais je ne crois pas j)our cela qu'on puisse légitimement introduire en un i)ays des religions étrangères, sans la permission du souverain : car, si ce n'est pas directement désobéir à Dieu, c'est désobéir aux lois; et qui désobéit aux lois désobéit à Dieu ». Dans la cité du Contrat, l'athée relaps, conduit à la potence, aura, du moins, une consolation, c'est de voir pendu à une potence voisine le prêcheur d'une religion nouvelle : car « tout apôtre, tout missionnaire, y sera puni du dernier supplice, non comme un apôtre, ou un missionnaire, mais "comme un séditieux et un perturbateur de la société '■ ;».

Nous connaissons assez Rousseau poui- deviner déjà les conclusions très conservatrices auxquelles ces principes un peu farouches le conduiront sur le terrain des faits; car, dans sa pensée, la « religion civile », si elle n'est pas aussi hypothétique et chimérique que « l'état de nature », reste, du moins, un programme théorique, que la vie ne nous présente pas, et qui ne pourrait être réalisé que le jour où l'on verrait « la Profession de foi du Vicaire adoptée en un coin du monde chrétien - ». Dès lors — et en attendant — l'attitude pratique du gouvernement « social » devra être celle-ci : Pour tous ceux, bien entendu, qui croient en Dieu, en la loi morale et en l'immortalité, tolérance, ou plutôt indifférence « théologique »; mais « intolérance civile », c'est-à-dire obligation stricte de respecter « les formes nationales », de ne point critiquer le culte reconnu par les lois, mais de se-- soumettre aux exigences qu'il comporte. C'est une manifestation de civisme, qu'un bon citoyen ne peut refuser. « Le culte extérieur est purement une affaire de police », et, comme tel, dépend du souverain. Mais, par «. culte », il ne s'agit pas seulement du

1. Cf. Diderot, art. Intolêrunrv [100], XV, 2:i5; Veriiot, lnMrw:tlon chrétienne [292], IV, 24; Conlval social. lll,:jS2, :i88-:jSi) ; /" Contrat social'i'i'i], 20y-:J0(J et notes; Profession de foi [47 1, 423; Lettre à M. de Beaumont, 111, 94.

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