Lettre de la montagne, III
La religion de J. J. Rousseau. — IL 13
costume des prêtres et de leurs cérémonies : le mot enferme tout ensemble la liturgie et les symboles officiels de la foi. <■ Il appartient, en chaque pays, au seul gouvernement de fixer et le culte et le dogme inintelligible » ; ce qui est discipline, forme et formulaire est partout du ressort des lois '. Jean-Jacques ne recule pas devant les applications de ces maximes. Lui qui regarde pourtant la secte protestante comme la plus <( raisonnable », et aussi comme la plus « sociale », il conviendra « sans délonr » à l'archevèque de Paris, « qu'à sa naissance, la religion réi'ormée n'avait pas le droit de s'élaldir en France malgré les lois 2 ». Et, comme il disait, il faisait. Tandis que Voltaire, avec sa sensibilité et son humanité frémissantes, se dépensera généreusement au service des Calas, Rousseau ne bougera pas, et ne donnera à « ses malheureux frères » de France que des conseils de support et de résignation. A M. Ribote, qui le priait dintervenir dans l'affaire Rochette, il répondait, d'abord par une fin de non-recevoir, puis par un refus motivé. 11 gémissait avec son correspondant sur ses frères persécutés, à qui la tyrannie fran çaise retirait même « la consolation d'entendre en paix la parole de Dieu », mais il ajoutait que « cette même parole de Dieu est formelle sur le devoir d'obéir aux lois des princes ^ ». Ce n'était pas là un simple argument d'égoïste, qui ne veut pas troubler son repos : c'était la mise en action (( de ce principe si sensé, si social, si pacifique », dont nous avons vu la genèse dans son esprit *. (c En attendant de plus grandes lumières, gardons l'ordre public; dans tout pays, respectons les lois, iie troublons point le
1. Lettre à M. de Bcaumont, 111, 91, 93: Confessions, VIII, 279-2S0; Profession de foi [47], 3J1, 429.
2. Nouvelle Héloïse (VI, xi), V, 55, 02; /'•'' Contrat social [3.3], 302; Lettre à M. de Bmumont, III, 95.
3. Lettres à M. Ribote, des 28 septembre et 24 octobre 1761, X, 273, et [24], 240 241 (la lettre est donnée ine.tactement comme se rapportant aux Calas); cf. encore la lettre à M. Foul(|uier, du 18 octobre 1764, Xl,16i-165.