Titre du rliapitre x
Genève, qui n"igiiore pas que TÉtat est en même temps une Église, et que le souverain est doublé d'un a législateur ecclésiaslique ' », que la foi nationale est la première forme du civisme, et que la cité chasse de ses murs le citoyen indigne qui ose douter de Dieu ou de son Christ. l)our celui qui, tant de fois, entendit ses pasteurs exhorter (c le magistrat chiétien » à faire régner Dieu dans la <( petite Sion - ». — il est impossible de concevoir un État qui ne soit pas bâti sur un dogme. En dépit de quelques défaillances intellectuelles, que j'ai notées, la Genève du xviii" siècle est encore unanime à croire en Dieu et à s'appuyer sur lui. I.e christianisme de Genève peut être travaillé par dos infjuiétudes et anémié dans son contenu; mais il garde, à tout le moins, chez tous cette religion essentielle que réclame le Contrat pour fonder une morale et une société; et les c[uelques libertins qui se refusent à cette profession de foi, s'ils n'ont pas été bannis, ou s'ils ne se sont pas exilés eux mêmes, se résignent à partager extérieurement la croyance commune. Dans le code religieux du Contrat social, dont les articles, ou plutôt les oracles sans appel, semblent extraits d'un supplément au Lévitique, c'est bien l'âpreté inflexible de Calvin qui survit, et l'esprit sans mansuétude des vieux consistoires genevois 3.
Ce serait, d'ailleurs, trop particulariser Jean-Jacques et son Contrat, de vouloir en demander l'explication à la seule Genève. Par toute l'Europe d'alors, si la plupart des chrétientés sont déjà trop mêlées pour pouvoir appliquer dans sa rigueur le principe genevois, il n'en est pas cependant qui ne le maintienne en théorie. Pour ramener à sa juste valeur l'intolérance de Jean-Jacques et discerner la réalité exacte sous la dureté intransigeante des formules, il