‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 149 sur 239 · Lcllrc à M. de Beaiunont, III, S · texte numérisé non relu

Lcllrc à M. de Beaiunont, III, S

les lois divines et humaines se réunissant toujours sur le même objet, les plus pieux théistes seront aussi les plus zélés citoyens, et la défense des saintes lois sera la gloire du Dieu des hommes ' ». Mais ce cri de triomphe, il a préféré s'en abstenir dans son texte définitif. Avait-il déjà compris, ce qu'il a si fortement exprimé plus tard, que le moral et le social sont presque toujours opposés dans la vie, et que les plus « grands préceptes de morale » sont souvent « destructifs de tout l'orcire social- »? Avait-il compris qu'il avait, comme il le dit lui-même, rêvé « la quadrature du cercle », et que réintroduire Dieu, la justice divine et la pensée de l'éternité dans la conception du pacte social, c'était, tôt ou tard, la détruire? Les dogmes de la religion civile ont beau être « simples », « en petit nombre », et dépourvus de « commentaires », ils n'en ont pas moins un contenu, qui reste, à tout prendre, celui de la religion du Vicaire. Mais, à un « pieux théiste », à une Ame qui sera profondément persuadée, comme le Vicaire, que « l'homme ne vit qu'à moitié » ici-bas, que « notre âme est enchaînée à un corps qui l'asservit et la gêne », que, « durant cette vie, nous sommes dans un état d'abaissement », et qu'il faut « aspirer au moment où, délivrés des entraves du corps )>, nous serons retournés à notre « source », — est-ce que sa vraie « patrie » est encore <^ de ce monde »? Le disciple du Vicaire, qui se sera familiarisé avec « l'idée de la mort », en songeant « aux misères de la vie )', ne dira-t-il pas avec le chrétien du Contrat : « Après tout, qu'importe qu'on soit libre ou serf dans cette vallée de misères? L'essentiel est d'aller en paradis-^ ».

Le Contrat social me paraît donc représenter, sous sa forme actuelle, un état d'esprit, non pas, sans doute, incohérent, mais encore incertain, entre une philosophie politique, toute laïcisée, qui veut que l'État trouve en lui-

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