‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 151 sur 239 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dans une lettre qui n'a peut-être pas été envoyée, mais où il voulait laisser, croyant alors mourir, un bref testament spirituel, pour accompagner l'autre, Rousseau écrivait au châtelain de Motiers : (c Adieu, monsieur, je pars pour la patrie des âmes justes. J'espère y trouver peu d'évèques et de gens d'Église, mais beaucoup d'hommes comme vous et moi^ ». Ce « beaucoup d'hommes comme vous » est une addition de courtoisie — car Jean-Jacques n'aura besoin que de lui pour remplir « la patrie des âmes justes »; — l'autre souhait, au contraire, répond à un besoin profond : après avoir subi <i les tracasseries des prêtres^ », un sentiment semble d'abord, chez lui, dominer tous les autres : un insurmontable dégoût de la gent ecclésiastique. « Vous rappelez vous, disait-il, le conte de ce chirurgien, dont la boutique donnait sur deux rues, et qui, sortant par une porte, estropiait les passants, puis rentrait subtilement, et, pour les panser, ressortait par

1. Lettre à iM. Martinet, de 1763 (?), XI, 81; cf. Tti. Dufour, Le testament de J. J. Tiousscau [40], 8-9.

2. Lettres à Seguier de Saint-Brisson, du 22 juillet 1704, au chevalier d'Éon, du 31 mars 1706, XI, 150, 323.

206 LA u PROFESSION DE FOI >i DE JEAN-JACQUES.

Tavitre. Voilà riiistoire de tous les clergés du monde, excepté que le chirurgien guérissait, du moins, ses blessés, et que ces messieurs, en traitant les leurs, les achèvent' ». Jean-Jacques ne se laissera plus mettre à mal par les (' chirurgiens » d'Église : il est brouillé avec <i tous les clergés du monde » — ce qui ne veut pas dire avec tous les prêtres — dans la mesure où ils représentent un dogme et une profession de foi. Si pourtant, dans cette universelle déliance, il y avait place pour des rancunes privilégiées, c'est aux ministres de la Réforme qu'elles reviendraient : (( Je suis tenté, disait-il à Du Peyrou dans les derniers mois de son séjour à Motiers, de faire ma paix avec tous les autres clergés aux dépens du vôtre, den faire le bouc d'expiation pour tous les péchés d'Israël ^ ». 11 n'a pas dépithète assez dure pour « toute cette prêtraille », qui a troublé son repos, pour cette bande de « loups enragés » « aussi stupides que courtisans' ». « Oubliez, écrit-il encore à Du Peyrou, que toute cette canaille existe; ces gens-là n'ont du sentiment qu'aux épaules, et l'on ne peut leur répondre qu'à coups de bâton. Je ne sais ce qu'a dit le moine Bergeon, et ne m'en soucie guère. Quand vous aurez prouvé que tous ces gens-là sont des fripons, vous n'aurez dit que ce que tout le monde sait* ». Traiter de (( moine )> un ministre de la « sainte Réformation évangélique », c'est l'affront suprême.

Et cependant, l'heure était venue déjà, où, sinon les « moines », du moins le catholicisme, avait bénélicié de son irritation contre les prêtres de Genève. Au début de 1763, il écrivait à Moultou : « Je ne voudrais pas plus vivre

1. Lellre à Du Peyrou, du S août 1703, XI, 269; cf. encore, à la générale Sandoz, lettre du 25 février 1765, XI, 225 : « La lettre que vous m'avez envoyée est d'un homme d'h]j;iisc, c'est tout dire ».

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