Lettre du 21 novembre 1737 [27], I
tous ces émois, et qui fut comme le prolongement spirituel de ses amours interrompues. L'œuvre de consolidation religieuse et morale que nous avons vu se préparer à l'Ermitage, fut favorisée par la douleur. Quand les premières tristesses commencèrent à l'assaillir, il en chercha l'oubli dans les « sublimes contemplations » qui peuvent occuper l'âme et lui faire pressentir le vrai bonheur par delà les amertumes de chaque jour *; « il fit de la morale- »; il écrivit pour Sophie des lettres de direction, où, d'une plume apaisée, prenant pour confidente celle qui avait été durant quelques mois l'excitatrice de son génie, il lui disait comment il se représentait la vie, comment on pouvait la faire bonne et profitable. Puis, quand l'amitié lassée de Mme d'Houdetot eût ralenti son élan, il laissa là ses Lettres inachevées^. En quête d'un confident plus passionné, il se dédoubla lui-même, pour pouvoir mieux s'écouter. « Dans le sein » de ce disciple idéal, il « épancha tous les sentiments de son cœur », et lui a exposa tout ce qu'il pensait sur le sort de l'homme et sur le vrai prix de la vie^ ». l'ne première rédaction de la Profession de foi du Vicaire Savoyard, plus courte et moins combative que le texte définitif, rédaction que nous possédons encore, me paraît précisément appartenir à cette période, des derniers mois de 1757 aux premiers de 17o8 ^ Elle est le point de convergence de toutes ses méditations antérieures.
Mais, pour Jean-Jacques, chez qui les plus fortes émotions ne développent pas immédiatement leurs conséquenoes profondes, la tragique aventure de l'Ermitage va rester longtemps un ferment intérieur; et le mouvement naturel de cette âme, qui l'entraînait de plus en plus vers la religion, ne s'achèvera pas brutalement sous le coup.