Journal [139], II
G. Lettre au marquis de Mirabeau, du II) juin 1767, Xll, 22. 7. Profession de foi [47], 435-437.
méditation d'où est sortie la Profession de foi, cette nature, instinctivement paresseuse, n'a plus la force de remettre en question ce qu'il a décidé une l'ois pour toutes ' ; et, voulant sauvegarder son repos intellectuel, — « repos, repos, chère idole de son creur - », — il a mis un frein à son esprit : « Je suis si convaincu de l'utilité de ce frein, avoue-t-il à Saint- Brisson, que je m'en suis imposé moi-même un semblable, en me prescrivant pour le reste de ma vie des règles de foi, dont je ne me permets plus de sortir. Aussi je vous jure que je ne suis tranquille que depuis ce temps-là, bien, convaincu que, sans cette précaution, je ne l'aurais été de ma vie • ». Ainsi, cet homme qui a revendiqué si fièrement la liberté de penser sur Dieu et sur Jésus, comme il lui plaisait, — le voici qui, volontairement, enchaîne son intelligence, pour la maintenir en paix. N'a-t-il pas plusieurs fois demandé <( à passer en prison le reste de ses jours )»? N'a-t-il pas déclaré qu'il n'y aurait pas vécu « trop malheureux* »? Ce que la vie n'a pu donner à son corps, il le réserve à son esprit; et, poui*- les dernières années de sa vie, il s'est enfermé dans une espèce de prison intellectuelle, où il s'est senti fort tranquille. Derrière les grosses murailles d'arguments, qu'il avait si péniblement entassés en une crise d'énergie désespérée, il goûte le calme du coeur dans une incuriosité parfaite. Parfois pourtant, quelcjues doutes lui viennent; quelque objection, c(ui s'impose à lui brutalement, semble vouloir un instant troubler sa sécurité; et, quand elle coïncide avec une cruauté de la vie, elle prend une force déconcertante, k Ah, se disait-il alors dans des serrements de cœur prêts à l'étouffer, qui me garantira du désespoir, si, dans l'horreur de mon sort, je ne vois plus que des chimères dans les consolations que me fournissait ma raison: si, détruisant ainsi son propre