Rêveries, IX, 3i3-3i
220 LA w PROFESSION DE FOI » DE JEAN-JACQUES.
que (( ces moments de doute et d'incertitude » étaient plutôt, suivant son expression, des accès « d'inquiétude », des frissons de malaise sentimental, que des crises véritables, oli les éléments de sa foi se seraient dissociés. C'est ce qui lui permettait de déclarer à M. de Franquières : « L'état de doute n'a jamais été le mien; j'ai cru dans mon enfance par autorité, dans ma jeunesse par sentiment, dans mon âge mûr par raison; maintenant je crois, parce que j'ai toujours cru ' )>.
La longue lettre à laquelle j'emprunte cette déclaration
— lettre qui forme, à elle seule, un mémoire considérable,
— est un bien curieux témoignage de cette cristallisation intellectuelle. A un jeune homme qui lui avait exposé ses doutes, il répond avec une entière ingénuité, en reprenant un à un tous les arguments de son Vicaire Savoyard. Nous n'avons pas « les deux lettres » de M. de Franquières-; mais je croirais fort probable que Rousseau n'a pas répondu à toutes les objections du jeune homme, et qu'il a dû répondre libéralement à des objections qui ne lui avaient point été posées. Les lettres de M.de Franquièresne durent que réveiller, sans la renouveler, une pensée qui s'engourdissait. Il le confesse lui-même : « Tandis que ma mémoire éteinte ne me remet plus sur la trace de mes raisonnements, tandis que ma judiciaire affaiblie ne me permet plus de les recommencer, les opinions qui en ont résulté me restent dans toute leur force; et, sans que j'aie la volonté ni le courage de les mettre derechef en délibération, je nry tiens en confiance et en conscience, certain d'avoir apporté, dans la vigueur de mon jugement, à leurs discussions toute l'attention et la bonne foi dont j'étais capable^». 11 lui reste pourtant plus (jue des opinions; les raisonnements subsistent encore, ou, du moins, l'orientation générale des raisonnements. On les voit arriver tels