Id
que le Vicaire nous les a rendus familiers, mais sans lien, et, en quelque sorte, inachevés. Beauté, simplicité et vérité du système de Clarke, impossibilité pour la matière de penser, et, pour le monde, de s'organiser par lui-même, distinction des (\(^u\ substances, existence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature, mj-stère et incompréhensibililé de l'essence divine, problème du mal résolu par la liberté humaine, délices de la vertu, son impuissance à se justifier par elle seule, sans recourir à la garantie de l'b^tre éternel, suprématie de la conscience, grandeur et séduction de la vie et de l'œuvre de Jésus, — tout l'essentiel de la doctrine qu'avait proclamée le Vicaire reparaît ici. mais en ordre dispersé, comme si, pour Jean- Jacques, le gouvernement de ses idées, déjà incertain dans la Profession, lui échappait maintenant davantage. Lui-même reconnaît, de bonne grâce, qu'il a « oublié ses rabàcheries » d'autrefois, et qu'il « reprend un fil d'idées presque effacées » ; il les reprend, en homme qui accomplit un devoir, et qui désire, avec toute sa bonne volonté, justifier « une dernière fois » sa vie et ses espérances '. Si c'est donc bien la doctrine de la Profession, ce n'est plus tout à fait son accent. Les morceaux de bravoure rationaliste ont disparu. Évidemment, Jean-Jacques fait toujours aussi bon marché des miracles, et garde tous ses scrupules devant la révélation, mais il ne semble plus avoir, dans sa raison, la confiance nécessaire pour en revendiquer les droits, il ne prononce pas bruyamme'nt « qu'il n'y a rien de plus incontestable que les principes de la raison- » ; on sent qu'il va de plus en plus chercher « dans le jugement interne la sauvegarde naturelle contre les sophismesde la raison ■». Pour se défendre contre eux, il fait appel aux intuitions profondes de la nature, à « ce dictamen plus secret, plus interne encore que les penchants secrets de notre conir, qui réclame et murmure contre les décisions