‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 171 sur 239 · Rèvrrirs, IX, 34G · texte numérisé non relu

Rèvrrirs, IX, 34G

:i. Bernardin de t-^aint-Pierre, J. J. Rousseau [154], lOG; Éludes [418], I, 28; Harmonies [;j29], 111, 304.

da« philosophisme ». Le voyant des Dialogues et des Rêveries se représente maintenant les (( philosophes » comme une « ligue » hypocrite, trop connue de Jean- Jacques, dont quelques « Messieurs » dirigent le travail souterrain de démolition, — comme une confrérie d'initiés, de i)lus en plus insolente et audacieuse, qui pare ses bannières des noms de « nature » et de <i raison », mais qui, sous ce couvert honorable, ne vise qu'à ruiner dans les âmes toute bonne croyance, à y installer impérieusement Tathéisme, et, en attendant le succès imminent, à concentrer toutes ses puissances de haine sur 1 unique serviteur de Dieu, sur Jean-Jacques Rousseau. Ces ligueurs de la <t secte philosophique », plus intolérants que tous les gens d'Église, visent comme eux à la domination universelle. (c Ils ont fait adopter à leurs sectateurs les principes les plus proi)res à se les tenir iaviolaljlement attachés, quelque usage qu'ils en veuillent faire; et. pour empêcher que les directions d'une importune morale ne vinssent contrarier les leurs, ils l'ont sapée par la base, en détruisant toute religion, tOut libre arbitre, par conséquent tout remords, d'abord avec quelque précaution, par la secrète prédication de leur doctrine, et ensuite tout ouvertement, lorsqu'ils n'ont plus eu de puissance réprimante à craindre. En paraissant prendre le contre-pied des jésuites, ils ont tendu néanmoins au même but par des routes détournées, en se faisant comme eux chefs de parti. Les jésuites se rendaient tout-puissants en exerçant l'autorité divine sur les consciences, et se faisant, au nom de Dieu, les arbitres du bien et du mal; les philosophes, ne pouvant usurper la même autorité, se sont appliqués à la détruire; et puis, en paraissant expliquer la nature à leurs habiles sectateurs, et s'en faisant les suprêmes interprètes, ils se sont établi, en son nom, une autorité non moins absolue que celle de leurs ennemis, quoiqu'elle paraisse libre et ne régner sur les volontés que par la raison ». De cette nouvelle Compagnie de Jésus, aussi despotique que l'ancienne, mais plus adroite, « l'intolérance, plus cachée et non moins

cruelle, ne paraît pas exercer la môme rigueur, parce qu'elle n'éprouve plus de rebelles; mais, s'il renaissait quelques vrais défenseurs du théisme, de la tolérance et de la morale, on verrait bientôt s'élever contre eux les plus terribles persécutions; bientôt une inquisition philosophique, plus cauteleuse et non moins sanguinaire que l'autre, ferait brûler sans miséricorde quiconque oserait croire en Dieu » ». Que le tableau soit poussé au noir, je n'ai pas à l'examiner ici; mais, dans celte espèce d'horreur sacrée devant la philosophie, il y a autre chose que l'amertume d'un ami trompé, l'effroi d'un malade et les exagérations d'un persécuté; il y a aussi une répulsion qui se fait, chaque jour, plus irréductible, pourtoutce qui est^ proprement science intellectuelle, orgueil de la raison, confiance dans le progrès des « lumières ».

Aussi est-ce avec je ne sais quelle ivresse craintive, presque angoissée, que Jean-Jacques se reploie sur luimême, et se rapproche de la nature. La persécution, la solitude volontaire, la vieillesse, toutes ces voix concordantes le rappellent à son rêve intérieur et à la contemplation paresseuse de l'univers. Cette âme indolente, à qui l'effort a toujours coûté, se retire avec joie d'un monde où la raison élabore des pensées nouvelles, pour se réfugier dans celui où les choses viennent à vous comme une caresse et comme un don, et vous permettent « les élévations du cœur », sans vous « imposer la fatigue de penser 2 ». Dans les dernières années, la musique et la botanique, qui ont été les deux « consolations des misères de sa vic'^ », n'étaient plus pour lui œuvre d'artiste ou

1. Dialogues, IX, 308-311 : cf. encore Id., 123, 145, 222 256-257 280; iîeymes, IX, 345.

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