Profession de foi
seul livre de Jean-Jacques. ^ Heureux, soupirait-il comme dans une prière, qui sait, prendre assez de goût à cette intéressante lecture pour n'avoir besoin d'aucune autre, et qui, méprisant les instructions des hommes, qui sont menteurs, s'attache à celles de la nature, qui ne ment point» ).. Si Jean-Jacques vieilli ne refuse pas d'aller à la messe ou d'entendre les litanies de la Providence chez les ermites du xMont-Valérien, le vrai temple où il se sent l'àme en fête et en liberté, c'est l'univers, qui ouvre enfin à son cœur l'immensité pour s'y perdre. C'est là qu'il oublie les hommes et leurs injustices, et -. qu'il s'attendrit chaque jour sur les merveilles de celui qui les fit pour être bons^ ,..
Hegardons-le, seul sur le lac de Bienne, songeant à la dérive, comme va son liateau. Des rêveries sans objet, fugitives et légères, lui remplissent le canir sans l'écraser; il se sent une plénitude d'être, qui le met en fraternité avec cette nature neuve, avec toutes ces choses encore toutes l)roches de Dieu : >< 0 nature, ô ma mère, s'écriait-il avec attendrissement; me voici sous ta seule garde; il n'y a ])oint ici d'homme adroit et fourbe qui s'interpose entre toi et moi -^ » ! u Que d'hommes entre Dieu et moi w ! disait le Vicaire exaspéré *. 11 n'y en a plus. « Retiré au dedans de lui, vivant entre la nature et lui », Jean-Jacques, solitaire parmi la verdure et sous les arbres, se recrée un « paradis terrestre *>, où il se trouve « le plus heureux des mortels'* », et ne sent plus d'autre obstacle à cette divinisation, secrètement réclamée par son cœur, que ce corps misérable et meurtri, dont déjà le rêve le libère. II y a même des heures privilégiées, où il lui semble qu'en lui tous les éléments de son être se dissolvent, qu'autour de lui toute attache terrestre se délie, où « il sent des extases, des ravissements inexprimables, à se fondre, pour ainsi dire, dans
1. A la ductiesse de Portiand, lettre du 20 octobre 1766, Vit, 65.