‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 174 sur 239 · Dialogues, IX, 144-145; Rêveries, IX · texte numérisé non relu

Dialogues, IX, 144-145; Rêveries, IX

le système des êtres, à s'identifier avec la nature entière ». Il nous assure que, dans ces moments béatifiques, « il s'oublie lui-même •» ; l'expression n'est peut-être pas tout à fait exacte : il avait trouvé, quelques pages plus haut, une plus juste formule, quand il parlait de « se perdre avec une délicieuse ivresse dans l'immensité de ce beau système, avec lequel il se sentait identifié. Alors, disait-il, tous les objets particuliers lui échappent; il ne voit et ne sent rien que dans le tout * ». C'est bien cela : Jean-Jacques ne s'oublie pas, mais il s'étend jusqu'à remplir le tout; nulle félicité ne peut exister pour lui là où il ne se retrouverait point.

A une femme qui se plaignait de pouvoir si rarement « rencontrer une âme », il répondait : « Mais comment peut-on avoir une âme, et ne pas se plaire avec elle? voilà ce qui me passe ». Sans doute, pour « les cœurs sensibles )), qui ont « besoin d'attachement », c'est une détresse d'en être réduit à soi; mais, si cet état est triste, « il a pourtant des douceurs;... il fait rechercher la solitude comme le seul asile où l'on se retrouve avec tout ce qu'on a raison d'aimer. Je ne puis trop vous le redire, ajoutait-il, je ne connais ni bonheur ni repos dans l'éloignement de soi-même; et, au contraire, je sens mieux, de jour en jour, qu'on ne peut être heureux sur la terre qu'à proportion qu'on s'éloigne des choses et qu'on se rapproche de soi^ ». Il ne faudrait point prendre le change sur cette dernière maxime. Pour Jean-Jacques, « s'éloigner des choses » et se « rapprocher de soi », ou se « retirer au dedans de soi^ », ce n'est pas se resserrer l'âme; c'est fuir, au contraire, tout ce qui pourrait borner le rêve et irriter l'imagination; c'est se réfugier dans un moi qui peut s'agrandir sans limites,

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