‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 175 sur 239 · Rêveries, IX · texte numérisé non relu

Rêveries, IX

2. Lettre à Henriette [de Maugin?] du 4 novembre 1764 [13], 3-4, et XI, 169-170.

3. Lettre à MM. Deluc, du 24 février 1765, XI, 224; cf. encore Rêveries, IX, 385 : «< Je ne m'attache plus à rien, je ne m'appuie plus que sur moi ».

et à qui l'univers tout entier appartient. Alors, on peut se « livrer tout entier à la douceur de converser avec son âme »; on « se nourrit, il est vrai, de sa propre substance, mais elle ne s'épuise pas ' »; et, dans cet univers, réduit à lui seul, Jean-Jacques goûte purement et pleinement la joie d'exister-.

Car il ne faut pas s'y méprendre. La nature que Jean- Jacques adore n'est qu'un dédouI)lement de Jean-Jacques; il s'est répandu si complaisamment sur elle, qu'il peut toujours s'y retrouver et s'y chérir. Il est lui-même la nature qui le console, il est le Dieu qu'il invoque et qu'il bénit : « Solitude chérie, soupire-t-il dans une espèce de psaume mélancolique, solitude chérie, où je passe encore avec plaisir les restes d'une vie livrée aux souffrances! Forêt sans bois, marais sans eaux, genêts, roseaux, tristes bruyères, objets inanimés, qui ne pouvez ni me parler ni m'entendre, quel charme secret me ramène sans cesse au milieu de vous? Êtres insensibles et morts, ce charme n'est point en vous; il n'y saurait être; il est dans mon propre cœur, qui veut tout rapporter à lui^ ». Ce dé\ot de la nature n'en a point joui en artiste, qui, dans la vai-iété des formes, l'harmonie des lignes, la richesse ou l'imprévu des couleurs, goûte des joies parfaites; il s'y est senti à l'aise, parce qu'il s'y est senti seul, parce qu'il a pu s'y dilater jusqu'à l'en^^ahir toute. Il a envahi de même, si l'on peut ainsi parler, le Dieu qui l'accueillait au seuil de la nature : ce <( défenseur de la cause de Dieu », en défendant une grande idée, défendait surtout le Dieu qu'il portait en lui, ou plutôt, qu'il se sentait être. Sa religion n'est pas seulement l'imitation de Dieu, mais l'assimilation avec Dieu, et finalement, peut-on dire, l'absorption de Dieu par lui. « Non, Dieu de mon âme, disait le Vicaire, je ne te reprocherai jamais de l'avoir faite à ton image,

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