XII
pas la forêt embroussaillée du sauvage; mais c'est une Arcadie innocente, voluptueuse pourtant, où ni la science, ni la civilisation, ni la méchanceté des hommes ne viennent troubler les joies d'un cœur pur. Et c'est cette << terre promise » que la Bible lui ouvre.
Mais ce serait diminuer la part de la Bible dans la vie spirituelle de Jean-Jacques, que de la regarder seulement comme le chef-d'œuvre d'un art primitif et comme un stimulant sentimental : dans « le plus ancien des livres * », Jean-Jacques cherche aussi des enseignements et des renseignements. Nous avons vu déjà que certaines pages de l'Essai sur Vorigine des langues impliquaient une croyance presque intacte à Thistoricité de la Genèse. Le Discours sur VinègaUlé semblait d'abord contredire cette interprétation, mais je crois avoir montré — et nous le verrons mieux encore, quand nous étudieronsle système religieux deRousseau dans son ensemble, — que la description de l'humanité primitive, telle que la présente le second Discours, n'a vraiment que la valeur et le stimulant d'une hypoUièse. Dans l'indifférence et la méfiance complète de Jean- Jacques pour l'histoire, la Bible lui offre un sommaire de l'histoire humaine, qu'il accepte, à la fois par paresse intellectuelle et par respect de croyant. C'est, du moins, semble-t-il, l'état d'esprit de ses dernières années : la Bible lui paraît de plus en plus digne d'être admirée et d'être crue. Dans les Rêveries, il parle du « paradis terrestre )' et du « jardin d'Eden », si bien «. assorti de plantes », en homme qui ne paraît pas mettre en doute le récit de la Genèse -. « 11 trouvait, nous dit le duc de Croy, dans Moïse et dans les objets reçus, plus de vérité que dans tout;... il pensait aussi que les Hébreux étaient le plus sûr 3 »; formules un peu obscures, mais qui, sans doule, signilienl ceci : qu'à tout prendre, la représentation de l'histoire du monde, telle que la lui fournissait la Bible,