IX, 375 et
■.i. Journal [130], 111, 15-16.
lui paraissait encore ce quïl y a de <■ plus sur ». Tandis que Voltaire, sous prétexte de regarder « l'histoire sainte » avec des yeux clairs et libres, perdait, en la regardant, le sens de l'histoire, et n'y trouvait plus que l'impertinente chronique d'un petit peuple sans culture, — Jean-Jacques continuait à voir dans la Bible le récit d'une des plus « étonnantes entreprises « que les annales humaines eussent enregistrées. Six ans avant sa mort, dans ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, il célébrait avec une admiration sans réserve la grandeur de l'œuvre de Moïse, de ce conducteur d'hommes, dont la législation, disait il, « paraîtrait à nos docteurs digne de risée ", mais qui a su réaliser ce prodige, d' « instituer en un corps de nation un essaim de malheureux lugitifs, sans arts, sans armes, sans talents, sans vertus, sans courage ■». « Mo'ise, ajoutait-il, osa faire de cette troupe errante et servile, un corps politique, un peuple libre; et, tandis qu'elle errait dans les déserts, sans avoir une pierre pour y reposer sa tète, il lui donnait cette institution durable, à l'épreuve du temps, de la fortune et des conquérants, que cinq mille ans n'ont pu détruire ni même altérer, et qui subsiste aujourd'hui dans toute sa force, lors même que le corps de la nation ne subsiste plus ^ ».
L'admiration est ici purement politique; elle ne semble pas isoler Moïse des autres grands législateurs de l'antiquité, de Lycurgue et de Numa, qui ont fait voir au monde ce que pouvait, pour façonner un peuple, l'union du génie et d'une âme forte. Mais voici sur les destinées du peuple juif, une page d'un accent plus religieux, où la méditation s'arrête précisément à ce cju'il y a « d'unique » et de « merveilleux » dans cette histoire en face des autres histoires. Note toute personnelle, ou fragment d'un livre projeté, puis abandonné, cette page est demeurée inédite. Sa date est incertaine; mais elle semble bien appartenir aux quinze dernières années de la vie de Rousseau.