I. Isaïe, XIV
qui ont souffert et qui ont pleuré. Jean-Jacques a lu Jérémie, et s'est « lamenté » avec lui. Il avait même commencé à le traduire et à le mettre en musique, une musique (c très touchante », nous dit Bernardin de Saint-Pierre, et toute « pleine de sanglots ' ».
C'est aussi pour s'exercer au détachement, au mépris du siècle, et à placer sa confiance en Dieu seul, qu'il a pris, sur le tard, l'Imitation de Jésus-Christ, comme conseillère et consolatrice. Le 20 janvier 1763, il demandait à son libraire de lui en procurer un exemplaire « latin ^ »; et, depuis lors il semble bien que ce petit livre n'ait plus quitté sa table. On l'a retrouvé, et nous pouvons lire encore, sur le frontispice, la signature de J. J. Rousseau^. C'est bien le texte « latin », comme il l'avait demandé, dans l'édition de Lemercier, Paris, 1751. Les feuillets fatigués et salis montrent que cette Imitation a été souvent maniée; quelques gouttelettes de cire sembleraient même prouver qu'elle a été lue à la veillée, et peut-être au lit, pourggérer à Jean- Jacques sa méditation du soir. Comme on pouvait l'attendre dun chrétien qui n'est plus « papiste », et qui ne veut pas polémiquer, le IV"= livre, qui est strictement catholique, et traite « du sacrement du corps de Notre-Seigneur Jésus- Christ », a été négligé; mais les trois autres livres ont été chargés de soulignures nombreuses. C'est que, dans l'Imitation, en faisant un choix parmi ses conseils, Jean-Jacques pouvait retrouver comme les lumières directrices de sa vie. Vouloir la paix, aimer le silence et la solitude, méditer sur la mort, n'espérer d'autre joie que celle d'une bonne conscience, écouter la vérité qui nous parle au dedans de nous sans bruit de paroles, mépriser le siècle et ne demander sa consolation qu'à Dieu seul, — autant de maximes dont se sont nourries ses dernières années. Deux chapitres surtout ont retenu lettention du lecteur. Dans le dixième du premier livre, le mystique conseiller invite « l'âme fidèle » au