‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 192 sur 239 · Lettre du 14 février 1769, XII · texte numérisé non relu

Lettre du 14 février 1769, XII

comme les commentaires de récolier ' ». Si, dans les dernières années, quelque disciple trop enthousiaste le mettait sans façon <( au-dessus de Jésus-Christ », le compliment lui « faisait peur «, et il ne voulait pas recevoir cet adorateur imprudent 2. Non, certes, il ne se plaçait pas « au-dessus de Jésus » ; mais, à de certains jours, sans peutêtre en avoir une pleine conscience, il se logeait dans une région voisine. Quand il reprochait aux Genevois de « machiner contre le christianisme et contre lui ^ », quand il commençait sa lettre à l'archevêque de Paris par le mot de Jésus : « qu'y a-t-il entre vous et moi '"^ »! quand vers la fin de sa vie, il se plaisait à répéter « qu'il n'avait pas une pierre où reposer sa tête ■' », n'avait-il pas au fond de lui-même cette pensée obscure qu'il devenait comme un autre Christ, et qu'il reprenait la succession du « Fils de l'Homme »? Après avoir retrouvé dans le Juste' idéal, que nous présente la République de Platon, l'image <c trait pour trait » de Jésus-Christ, il finit par s'y retrouver lui-même; et, dans sa lettre à M. de Franquières, n'est-ce pas à lui qu'il songe quand il décrit « le juste accablé des outrages de la fortune et des injustices des hommes, diffamé, persécuté, tourmenté, et méritant tous les prix de la vertu, voyant déjà la mort qui s'approche et sûr que la haine des méchants n'épargnera pas sa mémoire, quand ils ne pourront plus rien sur sa personne " » ?

Toutes ces assimilations inconscientes, je le croirais volontiers, ont dû rester chez lui enveloppées et informulées. 11 eut certainement traité de « blasphémateur », le disciple maladroit qui aurait voulu préciser et développer

Page 1