‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 195 sur 239 · Essais, 111, 3 [157], III · texte numérisé non relu

Essais, 111, 3 [157], III

LE RAPPORT DE LA PENSÉE RELIGIEUSE A LA VIE. 2;i3

représente, nous lavons vu, le plus grand elTorl de Rousseau pour introduire dans ses sentiments religieux une coordination intellectuelle, ne manifeste que sa sincérité, et supplée à l'unité systématique par l'unité d'accent, à plus forte raison serait-il vain de vouloir grouper autour d'un centre logique les divers actes de foi où les diverses émotions de cette vie ont trouvé leur arrière-plan divin.

11 l'a bien senti lui-même. Il disait à dom Deschamps, pour justifier sa méfiance à l'égard de toute généralisation : « nos sens ne nous montrent que des individus; l'attention achève de les séparer; le jugement peut les comparer un à un; mais voilà tout. Vouloir tout réunir passe la force de notre entendement, c'est vouloir pousser le bateau dans lequel on est, sans rien toucher au dehors ' ». En religion, pas plus qu'ailleurs, il n'était capable de « tout réunir ». Il a reconnu plusieurs fois que les choses s'offraient à lui « isolément », sans qu'il parvînt toujours à voir comment elles s'enchaînaient et pouvaient « se réunir » en un tout : « J'ai moins de raisonnement que d'esprit », déclarait-il, c'est-à-dire : j'ai plus de vivacité d'âme, plus d'intuitions que de puissance logique. Néanmoins il s'acharnait à vouloir souder ensemble ces vérités sporadiques, à trouver entre elles les « transitions » qui s'obstinaient à le fuir; mais, ce faisant, il sentait bien qu'il allait contre sa nature, qui était purement intuitive-; et c'est en songeant, sans doute, à cette résistance que lui opposaient les idées dans le travail de la réflexion, qu'il a pu écrire le para-

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