‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 203 sur 239 · Noiwelh' Héloise (lit, xviii, VI. vni), IV. 248, V, 4(i · texte numérisé non relu

Noiwelh' Héloise (lit, xviii, VI. vni), IV. 248, V, 4(i

LE RAl'PORT DE LA PENSEE RELIGIEUSE A LA VIE. 259

deux êtres manquent à la plénitude des choses, partage-leur cette ardeur dévorante, qui consume Tun sans animer l'autre'.

Jean-Jacques livre le fond de son Ame dans cette plainte impérieuse. Ce n'est pas seulement la statue qui s'anime sous cette incantation, et qui vient, en répondant à l'appel de l'artiste, se créer un moi. C'est l'univers tout entier, que Jean-Jacques a supplié de venir vers lui, pour se convertir en lui et réaliser « la plénitude des choses ». « Dieux puissants, dieux bienfaisants,... voyez mon cœur, soyez justes, et méritez vos autels i>. Telle est la prière-type de Jean-Jacques : » 0 Dieu, viens à moi, parle-moi, consolemoi, et mérite que je te proclame ». Quand le Vicaire se met en quête de la vérité avec une ferveur amoureuse, et demande : « pourquoi faut-il qu'elle se dérobe à l'empressement d'un cœur fait pour l'adorer ^ »? quand Jean- Jacques écrit à Voltaire : « toutes les subtilités de la métaphysique ne me feraient pas douter un moment de l'immortalité de Tàme et d'une Providence bienfaisante, je la sens, je la crois, je lu veux^ », — c'est l'étonnement de Pygmalion devant la résistance de la statue, et c'qst aussi la même sommation efficace '*.

Lui-même nous a confessé, qu'en écrivant la Nouvelle Héloïse, il caressait en imagination sa Julie et sa Claire, et (( raffolait de ces charmantes filles comme un autre Pygmalion ' ». Mais on peut dire que toutes ses conceptionsontété, pour lui, autant de Galathécs, parmi lesquelles il a vécu en artiste souverain, qui les anime et qui en

Page 1