‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 204 sur 239 · Lettre du 18 août 175(3, X · texte numérisé non relu

Lettre du 18 août 175(3, X

4. Si l'on osait risquer l'expression, ou pourrait peut-être qualifier de " pygmalionisme », cet état d'esprit où l'illusion devient d'ellemême la réalité. C'est le contraire de cet autre état d'esprit, dont Flaubert a donné la formule fameuse dans la Préface aux Dernières chansons de Louis Bouilliet, et que l'on a appelé le « bovarysme » : cf. J. de Gaultier, Le Bovarysme, Paris, Mercure de France, 11102, in-12.

5. Confessions, VIII, 313. On sait que Pygmalion était l'un des morceaux de son œuvre que Jean-Jacques préférait déclamer : cf. Genlis Mémoires [144]. II. 9.

jouit. Devant cet inlassable Pygmalion, il n'y a plus d'autre univers que l'univers selon son cœur, où il s'est amoureusement réfugié : « ses fictions lui deviennent plus douces que les réalités mêmes...; pour lui, désirer et jouir ne sont qu'une seule et môme chose ». Pendant longtemps, avoue-t-il encore, « ses visions chéries lui tenaient lieu de tout; et dans le feu de la jeunesse, sa vive imagination, surchargée, accablée d'objets charmants qui venaient incessamment la remplir, tenait son cœur dans une ivresse continuelle, qui ne lui laissait ni le pouvoir d'arranger ses idées, ni celui de les fixer, ni le temps de les écrire, ni le désir de les communiquer ». Le Dieu de Jean-Jacques a été la plus « favorite » de ces « visions* ». Sans doute, il l'a située expressément en dehors de ce monde imaginaire, où il venait s'enchanter : « Hors l'Être existant par luimême, il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas ». Rousseau l'a dit, et par deux fois^: mais c'est une réserve purement métaphysique, et sans valeur pratique. Dans la conversation, il la supprime, et dit simplement : <( Il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas ^ ». Le Dieu auquel il s'est donné. Dieu du cœur et du bonheur, n'échappe pas « cette force consolante qui rapproche de l'homme tout ce qu'il désire » ; et c'est bien lui qui règne sur « ce pays des chimères, le seul en ce monde digne d'être habité '^ )>. Tel est encore, je crois, le sentiment qui se cache dans une réflexion comme celle-ci : « La seule jouissance que je peux concevoir dans la Divinité, hors sa plénitude, ou plutôt qui la complète, c'est celle de régner sur des Ames justes-' »; en d'autres termes, Dieu n'existe pleinement et vraiment que dans la mesure où il est pensé, accueilli, adoré par des Jean-Jacques.

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