Lettre à dom Deschamps, du 25 juin
262 LA u PROFESSION DE FOI » DE JEAN-JACQUES.
n'est pas ce qui est, mais ce qui est bien » », c'est-à-dii-e, ce qui est bien pour nous, ce qui rend raison de la vie, ce qui hii donne un but et un prix. « Vivre est le métier que je veux apprendre à mon élève )>, déclare le précepteur d'Emile 2. A cet homme qui ne désire point sortir de la nature, nulle autre vérité n'est nécessaire que les vérités de la vie, ces « vérités de pratique » auxquelles tant de fois Jean-Jacques a déclaré se borner % vérités toutes proches de nous, à portée de la main, et qu'on atteint non pas tant par le jugement que par la volontés la volonté de vivre et de trouver un sens à la vie. Quoique j'éprouve quelque répugnance à désigner par un mot trop moderne un état d'esprit dont un siècle et demi nous sépare, il me paraît dillicile d'éviter ici le mot de « pragmatisme ». Jean-Jacques est un pragmatiste de théorie, et plus encore de tempérament. L'homme, tel qu'il l'a conçu, tel surtout qu'il l'a senti par son expérience personnelle, est vraiment i< le roi » de l'univers : il le domine, « se l'approprie » et presque le crée par sa pensée*: en un certain sens, lunivers n'existe que dans la mesure où il lui est nécessaire; l'homme se répand donc sur les choses, pour les organiser selon ses besoins et pour en faire les instruments de sa vie. Nous sommes lancés dans la vie : c'est la seule certitu'de sans contestation ; et les exigences de cette vie sont nos 'plus sûres vérités. Laissons le monde et la pensée se soumettre à notre élan : ils ne nous décevront pas, si nous n'y cherchons que ce que la vie réclame de nous".