‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 208 sur 239 · Nouvelle Héloise (IH, .xviii), IV · texte numérisé non relu

Nouvelle Héloise (IH, .xviii), IV

3. Cf. lettre à dom Deschamps, du 12 août 17G1 [28] 158 m'^'i^^T^ les textes cités des Rêiieries, des Dialogues ol des Lettres à M. de Malesherbes, cf. Nouvelle Héloïse (V, v), IV, 413.

lui a été imposée du dehors, par la vie sociale. Le rêveur indolent qui « se nourrissait de sa propre substance », qui voulait « être soi » et « tout rapporter à soi », lorsque, dans ses extases, il sentait en lui la plénitude divine, ne demandait plus rien aux choses, car il ne savait plus si c'était elles qui venaient à lui, ou lui qui se répandait délicieusement sur elles. Mais « le juste » persécuté avait besoin d'un Dieu personnel : se sentant misérable, il réclamait une immortalité compensatrice; se sentant faible et sans vertu, il se tournait vers le ciel, pour y chercher le témoin qui encourage. Ces deux sortes de sentiments, il semble bien qu'ils aient toujours coexisté dans l'âme de Jean-Jacques, et que jamais l'un ne soit parvenu à détruire l'autre. Déjà, sur la colline des Charmettes, au moment même où la terreur de l'enfer l'affolait, il avait connu les voluptés de la (c contemplation » religieuse ^ Il les connut davantage à Montmorencjs dans ces heures d'étourdissante ivresse où il lui semblait participer à la vie de l'univers et au travail mystérieux du « grand Être » sur les choses 2; plus tard surtout, lorsque, définitivement affranchi de toute discipline confessionnelle, et rendu enfin à sa liberté d'indolence, il put se livrer tout entier au plaisir « d'être lui », sa vie religieuse se concentra de plus en plus autour de son moi déifié et déifiant.

Pourtant, même dans les Rêveries, où cet état de béatitude quiétiste a trouvé son expression la plus caractéristique, on n'aurait point de peine à rencontrer les appels les plus confiants à la Providence, l'affirmation énergique de son immortalité personnelle, le ferme espoir de la récompense qui l'attend. « Chacun, dit-il dans les Dialogues, est porté naturellement à croire ce qu'il désire, et celui qui se sent digne du prix des âmes justes ne peut s'empêcher de l'espérer" ». Quand il rêve « de se nourrir de ces grandes

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