‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 209 sur 239 · Confessions, VIII · texte numérisé non relu

Confessions, VIII

2. Cf. les Lettres à M. de Malesherbes, surtout celle du 26 janvier 1762, X, 306.

3. IX, 310; cf. encore IX, 147, 312-313; Rêveries, IX, -341-343,349.

266 LA " i'ROFESSION DE FOI » DE JEAN-JACQUES.

et ravissantes contemplations qui font la meilleure jouissance de cette vie et la seule consolation solide qu'on trouve dans l'adversité ' », — il semble bien que les deux religions de Jean-Jacques se rejoignent et se pénètrent. On trouverait même certaines formules, où la Providence et la nature confondent « leurs saintes lois », où la confiance en Dieu ne paraît plus être quune de ces « heureuses fictions », un de ces biens imaginaires « que rien ne peut ôter à quiconque sait en jouir "^ ». Nous pourrions donc i"ester hésitants sur la valeur d'une foi qui se résigne sans peine à n'être qu'une duperie, si nous ne savions déjà que ce qui importe pour Jean-Jacques, ce n'est pas tant l'objectivité de sa foi que la certitude rassurante qu'il y trouve. Et cette certitude, en dépit de quelques troubles passagers, elle ne lui a jamais fait défaut. Il a toujours eu toute celle que réclamait le besoin présent.

Au reste, cette foi toute pratique s'est toujours volontairement bornée, dans la religion, aux seules idées qui intéressaient le cœur et le sort de Jean-Jacques : le problème du monde et le problème de Dieu ne l'ont jamais sollicité, et, seul, le i)roblème de la destinée, de sa destinée, l'a ému. Lorsqu'il arrive devant l'idée même de Dieu, il énumère, par une sorte de déférence pour les conceptions traditionnelles, les attributs que ses professeurs de philosophie lui ont appris à distinguer dans « l'Être des êtres », mais il le fait sans conviction comme sans intérêt. « Je fatigue en vain mon esprit, s'écrie-t-il, à concevoir son essence inconcevable »; il sait seulement que s'élever vers Dieu, c'est « s'élever à sa source », que Dieu, dans « sa substance inexplicable », « est à nos âmes ce que nos âmes sont à nos corps », et que l'être de Dieu est le mystère même de notre vie. (( Rendons ce respect à l'essence infinie, déclare-t-il en manière de conclusion, de ne rien prononcer d'elle : nous n'en connaissons que

Page 1