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linimensité ' ». Quant aux questions proprement métaphysiques, qui n'intéressent pas notre vie, idée d "éternité, possibilité de la création, origine du monde, essence de la matière, formation des êtres vivants, il ne les traite jamais qu'à regret, avec une tension et une sécheresse d'esprit, où l'on sent, plus qu'un elTort douloureux, une grande indifférence d'âme, car ces « doutes de pure spéculation » n'ont rien à voir avec la vie et ce qu'elle exige de nous -. Après avoir mis toute sa bonne volonté à se faire un chemin au travers de ces « arguties métaphysiques », il laisse le débat inachevé, s'il ne voit pas son intérêt à le conclure, ou le tranche brusquement, s'il en est besoin, par une raison sentimentale.
Les problèmes oia cet état d'esprit se manifeste avec le plus de désiavolture, sont celui de la création et celui de l'origine du mal, dont Rousseau sent fort bien qu'ils ne font qu'un. Avec une belle ténacité, il s'y acharne, iK>n pour trouver la solution, — il a trouvé tout de suite celle qui lui mettait l'âme en paix —, mais pour démontrer la légitimité de celle qu'il a trouvée. Et cette solution, d'une simplicité tout enfantine, et d'autant plus rousseauiste, c'est d'admettre « la coexistence éternelle de deux principes : l'un actif, qui est Dieu, l'autre passif, qui est la matière, que l'être actif combine et modifie avec une pleine puissance, mais pourtant sans lavoir créée et sans la pouvoir anéantir ^ ». Ne cherchons point à cette théorie d'illustres correspondances dans la philosophie d'aujourd'hui'; mais voyons-y simplement un artifice intellectuel, pour calmer une imagination et rassurer une conscience. On sent assez qu'au dedans de lui, et pour son
1. ///e Lellre de la monLiujne, III, 153 : cf. Profession de foi [47], 145, 227-220.