‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 213 sur 239 · Verger des Charmcllcs, VI · texte numérisé non relu

Verger des Charmcllcs, VI

LE RAPPORT DE LA PENSEE RELIGIEUSE A LA VIE. 27i

toutes grandes les portes de son âme, sans peut-être, comme nous allons voir, se rendre compte d'abord de tout ce qu'elle contenait. Il raccueillit avec passion, parce qu'il vit en elle une promesse d'affranchissement. Cet homme, à qui toute contrainte fut toujours odieuse, jaloux de sa liberté jusqu'à en être parfois grossier, ou en paraître fou, sentit confusément que revenir à la nature, c'était, avant tout, retrouver le droit d'être soi et de s'émanciper de la tutelle sociale. « O nature ! ô ma mère ! me voici sous ta seule garde, il n'y a point ici d'homme adroit et fourbe qui s'interpose entre toi et moi' », — ce cri de joie, qu'il faut encore rappeler, manifeste à plein, dans ce culte de la nature, le sentiment qui a dominé tous les autres : le besoin de l'indépendance.

Mais, quelque interprétation que l'on puisse donner à ce grand mot de « nature », il contient une idée qui ne prend son vrai sens qu'à condition d'impliquer une tentative pour ramener tout à l'unité. Comme explication des choses et principe de vie, la nature n'est rien si elle n'est tout. « Dans lunivers, tout est uni, disait Diderot : la nature entière n'est qu'un seul et vaste système, que tous les autres êtres composent- ». De cette nature ainsi conçue, de cette nature maîtresse d'unité, ce sont les éléments matériels c{ui doivent nécessairement et, peu à peu, devenir dominateurs, parce qu'ils offrent à l'expérience une donnée plus facile, et que leur action est plus immédiatement saisissable. L'histoire de l'idée de <c nature » dans la vie intellectuelle française est là pour en témoigner. De V Interprétation de la nature au Système de la nature, la nature, toujours plus une de Diderot et de D'Holbach, deviendra l'ensemble des forces qui meuvent l'univers, et qui atteignent avec l'honnue au maximum de diversification et d'ingénieuse complication. La nature ne sera plus qu'un « grand animal », dont l'être humain sera comme le geste le plus perfectionné.

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