‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 215 sur 239 · Emile, U · texte numérisé non relu

Emile, U

moralistes chrétiens qui avilissent le corps et ses instincts, et ne veulent y voir que la souillure du péché '. Dans la mesure où V Emile n'est pas seulement une <c généalogie des vices humains ^ >., mais où il apporte une morale, on peut dire que c'est une morale de l'unité.

Ce n'est pas la morale du Vicaire Savoyard; avec une insistance que j'ai signalée, et qui ne peut échapper au lecteur le plus superficiel, il maintient le principe fondamental de toute psychologie chrétienne, cest-à-dire le dualisme de l'être humain; pour lui, la vie reste un combat entre les puissances inférieures — voi.x des sens, passions du corps — et les puissances spirituelles, nobles désirs du cœur, ardeurs d'une âme inquiète, qui désire remonter à « sa source ». 11 ose même affirmer que cette vie est c un état d'abaissement », et il déclare avec une énergie dont la précision ne laisse rien à désirer : n \on, l'homme n'est point un : je veu.x et je ne veux pas, je me sens à la fois esclave et libre; je veux le bien, je l'aime, et je fais le mal ; je suis actif quand j'écoute la raison, passif quand mes passions m'entraînent; et mon pire tourment, quand je succombe, est de sentir que j'ai pu résister ^ „.

Mais ce n'est pas sur ce seul point, d'ailleurs essentiel, que la religion du Vicaire ne s'accorde pas avec la philosophie de VÉinile. A lire dans la Profession de foi : « si l'on n'eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme, il n'y aurait jamais eu qu'une religion sur la terre », — qui ne croirait que la religion naturelle, prêchée par le Vicaire Savoyard, cette religion simple, claire et consolante, religion des yeux et de la conscience, n'eût été la première religion de l'homme, et que ces perversions du sens religieux, dont les historiens et surtout les voyageurs sont les témoins trop sûrs, ne dussent prendre place parmi « les crimes des hommes et les misères du genre humain »,

Page 1