Profession de foi
2. IV livre d'Emile, II, 227. Tout ce passage manque dans le manuscrit Favre, où il est remplacé par la dissertation sur la genèse de l'idée de substance, dissertation que j'ai publiée en appendice à mon édition [47], 501-505. L'essentiel du développement sur le polythéisme primitif se trouve déjà dans le manuscrit de la Chambre [il], 11, f° 90 du livre IV. La phrase inédite que je cite est empruntée à une rédaction d'un cahier de brouillons [G], 32'°, entre deux additions à la Profession de foi [47], 506. Ainsi les deux conceptions sont bien contemporaines, ou, du moins, ont eu un moment de coexistence.
3. Cf. Histoire naturelle de la religion [307], passim, et surtout 109-
LE RAPPORT DE LA PENSEE RELIGIEUSE A LA VIE. 27 'j
invitation à nous désintellectualiser, à diminuer en nous les appétits et les exigences de Tesprit, à cesser d'être des animaux « réfléchissants >', pour cesser d'être des animaux « malheureux » et « dépravés » i? Or, le Vicaire Savoyard, s'il nous conseille un instant de peu penser, pour peu souffrir, exalte au contraire, par tout le reste de son discours, la noblesse de l'inquiétude humaine et la grandeur de la pensée, qui disent assez notre origine, et nous font rentrer dans ce ciel d"où le matérialisme voudrait nous exiler -. Enfin et surtout, tandis c}ue, dès le second, et même dès le premier Discours, Rousseau semble grouper toutes les vérités qu'il annonce autour d'une thèse maîtresse, à savoir que « l'homme est naturellement bon », et qu' « il n'y a point de perversité originelle dans le cœur humain 3 », — le Vicaire est beaucoup moins affirmatif : Rousseau définit quelque part YÉmile « un ouvrage assez philosophique sur ce principe que l'homme est naturellement bon* ». Le centre moral et religieux de la Profession ne passe point par ce « principe ». Sans doute, on y trouve des affirmations qui prouveraient que Rousseau n'a pas renoncé à sa thèse : « tous nos premiers penchants sont légitimes.... ah! ne gâtons pas l'homme, il sera toujours bon sans peine »; mais ce sont des formules atténuées, qui se glissent en manière de parenthèse, et qui ne nourrissent point tout un développement. Le Vicaire nous assure que « la bonté morale est conforme à notre nature », comme si cette bonté se trouvait au terme plutôt qu'à l'origine de notre action. A n'écouter que le Vicaire, la bonté humaine serait moins une réalité qu'un idéal, mais un idéal qui nous serait présenté par la nature ; nous ne sommes peut-être pas bons, mais la nature nous
i. Discours sur Vinégalité, I, 87; lettre à Voltaire, du 18 août 1756, X, 125; Préface de Narcisse, V, 107.
3. Réponse à M. Borde, I, 53; Discours sur l'inégalité, I, 133; 11^ livre à'Émile, 11, 60.