‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 218 sur 239 · Lettre à Philibert Cramer, du 13 octobre · texte numérisé non relu

Lettre à Philibert Cramer, du 13 octobre

a destines à l'être '. Formules hésitantes et prudentes, qui essaient, niais en vain, de masquer le conflit latent de la philosophie et de la religion de Rousseau.

Il a pourtant essayé de le résoudre, et ce n'est point la philosophie qui a cédé. Sa Lettre à M. de Beaumont représente son elfort le plus considérable pour trouver une solution. Avec plus de force que jamais, il y affirme que (f l'homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l'ordre, qu'il n'y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits ». Et c'est bien la thèse de V Emile; en même temps, il continue à soutenir que Thomnie n'est pas « un être simple, qu'il est composé de deux substances »; et c'est bien la thèse du Vicaire-. On se demande comment il va les concilier; mais, à vrai dire, il ne reprend qu'en apparence la thèse du Vicaire : s'il décrit encore la transformation de l'amour de soi en amour-propre, l'opposition entre la conscience et les passions, entre les <( intérêts » et les « lumières », il ne considère point ce déséquilibre de l'âme humaine comme originel, mais comme acquis; il en décrit la genèsç sociale, ou, pour employer son mol, la « généalogie », tandis que le Vicaire Savoyard, dans son analyse du cœur humain, semblait parler de l'homme universel, de l'homme en soi, comme si cette espèce de conflit douloureux, représentait l'état naturel de la vie humaine, ou, du moins, sa condition nécessaire. En outre, l'auteur de la Lettre à M. de Beaumont, même en décrivant ce conllit intérieur, l'exténue, et, par une habileté peut-être inconsciente, n'a plus recours, pour le décrire, aux expressions si pascaliennes du Vicaire Savoyard : il ne parle plus du corps et de ses servitudes avec un mépris tout chrétien, il ne découvre plus dans l'homme ce principe d'esclavage qui « nous ramène bassement en nous-mêmes », il ne juge

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