‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 219 sur 239 · Lettre à M. de Beaumont · texte numérisé non relu

Lettre à M. de Beaumont

plus que la vie terrestre soit un <■ état d'abaissement ' >'. Et, au prix de tous ces silences, il peut concilier sa négation philosophique du péché originel et son analyse chrétienne du complexus humain. Cette analyse, du reste, il se garde bien de la nier : il ne la renouvelle pas, mais il la maintient. Il s'en fait même gloire; et, quand M. de Beaumont, disciple inattendu de Pascal... et du Vicaire Savoyard, «■ oppose à l'auteur (VÉmile, comme une objection insoluble ce mélange frappant de grandeur et de bassesse, dardeur pour la vérité et de goût pour l'erreur, d'inclination pour la vertu et de penchant pour le vice, qui se trouve en nous », Jean-Jacques s'étonne avec raison qu'on lui oppose ce qu'il ne conteste pas, ce qu'il a décrit avec une vérité et un accent nouveaux : <^ Je trouve plaisant, dit-il à l'archevêque, que vous empruntiez prescjue les propres termes du Vicaire, pour dire qu'il n'explicjue pas ce qu'il a le mieux expliqué 2 ». Expliqué, non, mais décrit, je le veux bien. Sur ce point donc, Rousseau a raison, et il est moins en désaccord avec l'archevêfiue qu'on pourrait le croire d'abord. Sa négation du péché originel est toute théologique, je veux dire qu'il voit dans ce dogme, et dans les anathèmes qui .semblent y êti-e impliqués, une conception dure et inhumaine, qui « obscurcit beaucoup la justice et la bonté de l'Être suprrnie »: il nie encore, si Ion veut, le péché originel, pnrce que ce péché imposerait à Jean-Jacques une tare secrète qui l'indigne : Jean-Jacques se sent bon, et ne peut admettre que, pour lui, du moins, il n'y ait pas eu je ne sais quelle immaculée conception. Mais, pour les autres hommes, qui sont méchants, les descriptions pascaliennes et chrétiennes des effets du péché originel resteront valables, à condition de les expliquer, non par un dogme cruel, mais par une erreur de l'humanité : « Le péché originel explique tout, excepté son principe; et c'est ce

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