‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 222 sur 239 · W livre (VÉinile, II · texte numérisé non relu

W livre (VÉinile, II

appartient à une race divine. Sa volonté, qui l'arrache au règne de la nécessité, et qui achève de « l'ennoblir », lui a été donnée par la Providence en toute liberté; et le pouvoir de faire le mal n'est que la rançon de cette liberté. La lui enlever, ce serait « mettre de la contradiction dans sa nature ». « Quoi! pour empêcher l'homme d'être méchant, fallait-il le borner à l'instinct et le faire bête? Non, Dieu de mon âme, je ne te reprocherai jamais de l'avoir faite à ton image, afin que je puisse être libre, bon et heureux comme toi ' )>.

Ce n'est pas seulement le Vicaire Savoyard qui nous représente ainsi l'homme de la nature. Par instants, celuilà même qui a écrit le Discours sur l'inégalité, et cet appendice au second Discours qui s'appelle V Essai sur Vorigine des langues, semble se représenter l'homme primitif avec « cette céleste et majestueuse simplicité dont son auteur lavait empreinte ^ » : ce n'est plus la brute sans pensée « en paix avec toute la nature, quand elle a dîné ^ », c'est le premier homme de la Genèse. Le philosophe du Discours semble même admettre que le langage n'est pas une invention du génie humain, et que la parole est une espèce de révélation divine ^. A cet homme de la nature, sortant de Dieu, et restant en contact avec lui, l'idée de Dieu serait encore « naturelle », et l'homme pourrait être considéré comme un animal religieux.

11 y aurait donc, dans la pensée de Rousseau, comme une contradiction, ou, si l'on veut, €omme deux représentations contradictoires de la genèse humaine : l'une, où l'humanité primitive, émergeant à peine de l'animalité, n'aurait eu besoin daucunc religion, et se serait acheminée, à travers le fétichisme et les superstitions enfantines, jusqu'à la croyance en un seul Dieu; l'autre, où l'humanité,

1. Profession de foi [47], passim, et surtout 153-157, 181-183, li)l- 193; V» livre d'Emile, II, 330.

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