‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 224 sur 239 · Il" et III" livres d'Emile, II, 128 note 2, et · texte numérisé non relu

Il" et III" livres d'Emile, II, 128 note 2, et

quelque chose de supérieur à la véiMté historique, c'est la vérité humaine.

Peut-être serait-il sorti de cette ataraxie intellectuelle, s"il avait pu trouver une représentation historique de « l'état de nature » qui se fût fait agréer de son esprit. Mais, entre la solution suggérée par l'histoire naturelle et la solution fournie par « l'histoire sainte », il devait rester incertain. Si pourtant il avait du choisir, je ne serais pas éloigné de croire que c'est à la seconde qu'il se serait rallié. Sur ses vieux jours, nous l'avons vu, il semblait bien l'avouer au duc de Croy ^ ; il l'avait déjà laissé entendre, et plus formellement, dans cet Essai sur Vorigine des langues, qui s'efforce de concilier les données de l'histoire naturelle et l'autorité privilégiée de la Bible, en faisant toutefois la conciliation au bénéfice de cette dernière 2. C'est peut-être, à mon sens, dans cet opuscule, qu'il nous a livré le plus fidèlement sa représentation historique du développement de l'humanité; mais il s'y est peu arrêté, parce qu'il jugeait la chose inutile. Il a préféré porter tout son effort sur un exposé théorique, qui pût nous aider, non à mieux connaître le passé — science vaine, — mais à mieux nous connaître nous-mêmes et notre tâche, ce qui seul lui importe. C'est ce qu'a voulu être le second Discours. Il est possible que, sous l'influence de Diderot, la théorie de Rousseau se soit précisée par des expériences et par des faits, que Diderot ait persuadé à son ami que ces descriptions hypothétiques avafent grand'chance d'être une histoire, et que Rousseau se soit laissé prendre lui-même à sa vision; mais il serait imprudent, je crois, d'en conclure que, dans ce Discours, (( Rousseau a voulu, utilisant les moyens que lui fournissait la science de son époque, écrire la réelle histoire des sociétés humaines^ ».

Il a eu soin lui-même de nous mettre en garde contre la tentation : ce ne sont pas, déclare-t-il, « des vérités histori-

1. Journal [139], III, 16 : cf. le chapitre précédent, p. 238.

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