Id., I
tourne vers l'homme avec un geste emphatique et lui dit : « voici ton histoire »; mais il ajoute aussitôt : <( voici ton histoire, telle que j'ai cru la lire, non dans les livres de tes semblables, qui sont menteurs, mais dans la nature qui ne ment jamais' ». C'est reconnaître assez clairement, selon moi, qu'il n'a pas voulu suivre une histoire réelle, mais un développement logique. Peut-être l'histoire et le développement auraient pu coïncider en fait; mais nous n'en savons rien : l'histoire réelle, nous n'avons aucun moyen de l'atteindre; seul le développement logique peut nous être connu, parce que la conscience, interrogée de bonne foi, suffit à nous faire comprendre ce qu'il y a en nous de primitif, ce qu'il y a d'artificiel, et comment ce primitif a pu se pervertir. Mais ce mot même de « primitif» risque d'être équivoque, ou de nous donner le change, précisément parce qu'il semble garder encore un contenu historique. Parlons plutôt, avec Rousseau lui-mêjije, de (' l'homme originel », dont on voit mieux, dès l'abord, que la signification est surtout psychologique.
Au reste, si c'était vraiment je ne sais quelle diplomatie précautionneuse qui l'avait empêché de présenter son second Discours comme « la réelle histoire des sociétés humaines », pourquoi ne l'aurait-il pas avoué plus tard, lorsque, libéré de tout scrupule et de toute prudence, il osait être pleinement lui? Or, pas une fois, il n'a osé soutenir que ce barbare stupide et grossier, sans pensée comme sans moralité, fût autre chose qu'un être de raison '-. A plusieurs reprises, au contraire, soit dans ses conversations, soit dans les commentaires de sa doctrine, il a toujours maintenu à sa description de l'humanité primitive une valeur toute théorique^. C'est, pour lui, une