‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 228 sur 239 · Discours, I · texte numérisé non relu

Discours, I

dilticilement au reste de l'œuvre'. Sans vouloir supprimer la « contradiction », je remarquerai cependant que « l'état de nature » n'est pas toute la « nature ». C'est une espèce de point géométrique qu'on ne parvient jamais à isoler; c'est une limite à laquelle la nature vivante et réelle peut tendre, sans y atteindre, ~et même sans y prétendre. L'homme de <> l'état de nature )> est l'homme isolé, c'est-àdire un homme chimérique : « On n'en peut douter : l'homme est sociable par sa nature, ou, du moins, l'ait pour le devenir- ». Or, en « passant de l'état de nature à l'état civil », — si, d'ailleurs, le passage n'est pas pui'ement théorique, — l'homme peut « se priver de plusieurs avantages qu'il tient de la nature », mais « il en regagne de si grands, ses facultés s'exercent et se développent, ses idées s'étendent, ses sentiments s'ennoblissent, son âme tout entière s'élève à tel point que, si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait sans cesse bénir l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais, et qui, d'un animal stupide et borné, fît un être intelligent et un homme ^ ». Ainsi, il n'y a d' « homme », à proprement parler, que dans « l'état civil >. En dehors de cet état, il peut y avoir théoriquement l'homme de « l'état de nature »: mais l'homme de la nature, ou l'homme tout court, c'est dans la société qu'il faut le chercher; car cet homme social n'est pas nécessairement anti-naturel. Au contraire, c'est cette sociabilité qui achève de développer toutes les puissances de « sa nature » : « ce n'est qu'en devenant sociable qu'il devient un être moral, un animal raisonnable, le roi des autres animaux, et l'image de Dieu sur la terre »; et c'est dans ce développement « des plus sublimes facultés que se montre l'excellence de sa nature'^ ». La religion, qui est le suprême épanouissement de l'àme humaine, n'est donc

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