‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 229 sur 239 · Pensées détachées · texte numérisé non relu

Pensées détachées

pas conforme à « l'état de nature », mais elle reste dans <' la nature 1 ».

Ces divers textes ne sont pas empruntés au second Discoui^s : ils ne sont pourtant pas en « contradiction » avec lui. Ils nous permettent, du moins, de soupçonner quelle insensible transformation l'idée de « nature » a subi chez Jean-Jacques, à mesure qu'il prenait une plus nette conscience de son originalité profonde. Au début de sa vie intellectuelle, hanté par cette chimère de « l'état de nature », il cherchait surtout à définir « la nature » par le dehors; et, sans vouloir en faire un état historique, il demandait à l'histoire, tant à l'histoire naturelle qu'à l'histoire des nations, de lui aider à l'atteindre; mais c'était une « nature » bien peu « naturelle » que cette « nature » qui se dérobait derrière des livres : la vraie nature, plus certaine que celle des naturalistes et des historiens, n'était-ce pas celle qui émergeait encore dans quelques âmes privilégiées, dans le fond intact, et, pour ainsi dire, tout neuf, de leur être? C'est cette « nature » que Jean-Jacques trouva, ou plutôt éprouva, au dedans de lui : quelque chose de primitif, de vrai, de fort, d'ingénu, qu'il sentait, sous les alliages de la civilisation, être essentiel à son humanité. La nature, ainsi conçue, n'est plus une réalité qu'il faille chercher en arrière; l'obligation qu'elle nous impose ne vient pas du dehors : c'est une convenance profonde, dont on sent l'impérieu.x appel dans le silence de son moi. Comme le royaume de Dieu, la nature est au dedans de nous. « J'ai consulté la nature, c'est-à-dire le sentiment intérieur », écrivait Jean- Jacques à Vernes dès 17582. C'est cette nature « intéiùeure » qu'il a de plus en plus consultée : c'est elle seule qu'il a voulu suivre. J'ai

1. Rousseau prenait-il à son compte le mot de sa Julie, NouveLle Héloïse (IV, x), IV, 318 : « toute fausse religion combat la nature; la nôtre seule, qui la suit et la rectifie, annonce une institution divine et convenable à l'homme » ? Si oui, je ne vois rien dans l'œuvre de Rousseau qui corresponde à cette indication.

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