‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 231 sur 239 · Discours sur Vinégalitc · texte numérisé non relu

Discours sur Vinégalitc

2. VI, 27-28. La date de ces vers est incertaine. A ma connaissance, ils ont paru pour la première fois en 1781, dans les Consolations des misères de ma vie [18], 82-83. Il se pourrait qu'ils appartinssent aux dernières années de la vie de Rousseau; il semble bien, en tout cas, que la musique en ait été composée « depuis son retour à Paris », en 1770 : cf. Dialogues, IX, 242-243 et note. Le Journal de Paris, du 3 mai 1781 [05], 490, publie ces trois strophes, d'après le recueil des Consolations, comme si elles étaient inconuues jusque-là.

C'est ce qu'il a redit bien des fois, et plus explicitement encore dans ses Dialogues. Il peut prêcher la nature, parce qu'il la porte au dedans de lui : « il est lui-même l'homme de la nature >>, et, en quelque sorte, la nature même. « J'ai trouvé dans ses livres l'homme de la nature, j'ai trouvé dans lui l'homme de ses livres, dit le Français des Dialogues.... Sonsystèmepeut ôtrefaux, mais, en le développant, il s'est peint lui-même d'une façon si caractéristique et si sûre, qu'il m'est impossible de m'j' tromper ». L'homme de la nature n'est pas une chimère, puisque Jean-Jacques existe. << Il fallait qu'un homme se fût peint lui-môme, pour nous montrer ainsi l'homme primitif.... Si vous ne m'eussiez pas dépeint votre Jean-Jacques, j'aurais cru que l'homme naturel n'existait plus » ; mais Jean-Jacques, en vivant, prouve la nature et sa possibilité'. Dès 1752, répondant à M. Borde, il disait avec une satisfaction qui ne doit pas nous échapper : « L'homme est naturellement bon, comme j'ai le bonheur de le sentir- ». A ce moment déjà, il se sent identifié avec la nature; et c'est dans sa bonté à lui qu'il devine la bonté de la nature. C'est ce qu'il a voulu bien des fois exprimer, quand, avec une insistance et une audace solennelles, qui ont si fort scandalisé, il s'est proclamé « le meilleur de tous les hommes ». « Qu'un seul te dise, s'il l'ose, s'écrie-t-il au Dieu qui le jugera : je fus meilleur que cet homme-là » I II ne l'a pas dit seulement en un jour d'orgueil maladif : il l'a répété tranquillement et sans vergogne^. Mais ne nous méprenons pas sur sa pensée : il ne se donne ni pour un héros ni pour un saint. Au moment même où il affirme qu'il est l'homme bon par excellence, il est le premier à reconnaître qu'il n'est pas vertueux, qu'il ne sait pas faire son devoir et qu'il se laisse subjuguer par ses penchants*; mais il veut dire que, dans

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