‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 232 sur 239 · Réponse à M. Borde, I, 53, note · texte numérisé non relu

Réponse à M. Borde, I, 53, note

3. Confessions, YllI, 1; lettre a Malesherlies, du 4 janvier 1762, X 300; Dialogues, IX. 209-210, 299, etc.

4. Dialojues, IX, 209-210, etc. C'est pour n'avoir pas observé celte

aucune âme, la nature ne s'est montrée plus naturelle, plus amoureuse du bien, plus éprise de simplicité, de droiture, de pureté. Si jamais le secret de la nature était perdu, c'est chez lui qu'on le retrouverait. Ainsi, pour rejoindre la nature, pour la réintroduire dans la vie, l'érudition de l'historien, comme la science du naturaliste, est inutile. La nature n'est ni dans le passé, ni même dans les lois de l'univers; elle est éminemment dans quelques âmes choisies, ou, si l'on veut encore, ce sont ces âmes ellesmêmes qui sont la nature vivante, et qui, en faisant voir ce qu'elle est dans sa séduction originelle, peuvent la rendre contagieuse.

Cette spiritualisation de l'idée de nature a donné à la religion de Rousseau son accent définitif. Si la nature était hors de nous, dans les choses ou dans le passé, elle exigerait des connaissances et une adaptation intellectuelle. L'art de vivre, qui serait une science de la nature, se confondrait avec la représentation rationnelle de l'univers, et la religion naturelle serait la religion de la raison. Mais, si vraiment la nature est au dedans de nous, si elle se révèle à l'âme qui sait redevenir elle-même, et se garder pure des perversions sociales, c'est par le cœur, c'est par l'intuition qu'on peut aller au-devant de la nature et la connaître. A mesure donc que, chez Jean-Jacques, la conception de la nature s'est intériorisée davantage, sa religion, elle aussi, s'est, de plus en plus, dégagée de la raison. Le rôle de la raison y est devenu purement négatif. Simple auxiliaire dans le travail de libération spirituelle, elle a servi surtout à faire tomber les barrières qui séparent l'âme de la nature; et, donnant toute sécurité au sentiment, elle lui a permis de s'affirmcrdans sa plénitude et sî| suprématie : « Toute notre raison, comme le disait Pascal, se réduit à céder au sentiment ».

distinction entre bon et vertueux, distinction marquée avec force par Rousseau lui-même, que M. Albert Schinz {La théorie de la bonté naturelle de l'homme chez Rousseau [85], I, 434-447) a pu reprocher à Rousseau, avec une vivacité un peu doctorale, d'avoir commis « l'erreur si grossière de confondre non-méchant et bon ».

tE RAPPORT DE LA PENSÉE RELIGIEUSE A LA VIE. 293

La religion de Rousseau entend donc se réduire à ce que le ^sentiment, libéré et rendu à lui-même, peut nous apprendre sur l'univers et sur la vie, sur l'homme et sa destinée. Mais cette intuition sentimentale, où l'àme écouterait purement et simplement la voix de la nature, est bien près d'être une chimère. Sans en avoir conscience, cette nature soi-disant simple, primitive, où l'âme entrerait en contact direct avec la vie et son principe, cette nature reste encore factice, ou, du moins, surchargée d'habitudes. Jean-Jacques rêve d'un isolement et d'un affranchissement absolus; il ne veut rien qui s'interpose entre la nature et lui, entre Dieu et lui; mais, quoi qu'il fasse, tout le travail intellectuel et sentimental de l'humanité vient lui masquer l'horizon; son éducation calviniste, l'atmosphère chrétienne de dix-sept siècles continuent à peser sur son âme pour la « dénaturer »; et, plus d'une fois, ce qu'il a cru être la religion de la nature, ne fut que la religion de ses pères.

11 reste cependant que cette religion, tout en étant chrétienne dans son fond, est bien la religion de Jean- Jacques Rousseau, parce qu'il ne souhaite pas qu'elle soit celle d'un autre. Il dira, sans doute, à l'archevêque de Paris, « qu'il serait à désirer, pour le bien des hommes, que ce fût celle du genre humain ' »; mais ce sont là des propos de polémiste. Par sa conception de la nature — espèce de révélation intérieure dans une âme solitaire, ou, mieux encore, prise de possession d'une âme par ellemême, — il devait chercher de plus en plus, dans sa religion naturelle, un état d'âme, et l'état d'une âme, l'état dame de Jean-Jacques. Dieu avec soi. Dieu en soi, Dieu en Jean- Jacques, Jean-Jacques Dieu, voilà sa religion. On comprend qu'il ait pu dire, à plusieurs reprises, qu'il ne voulait être ni le prosélyte de personne, ni le missionnaire d'aucun évangile 2 : il n'aurait pu prêcher que lui-même, étant à

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