‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 233 sur 239 · Lettre à M. de Beaumonl, III · texte numérisé non relu

Lettre à M. de Beaumonl, III

2. Dialogues, IX, 200; Correspondance, XI, 77, i2I, 323, etc.

lui-même sa religion, et « se suffisant à lui-même comme Dieu ' )). Dans la mesure où il se sentait (( l'homme de la nature », on peut croire qu'il a dû se sentir, par instants, le Dieu de « la nature ».

La religion de Rousseau est un christianisme qui n'est pas seulement sans discipline doctrinale — je ne dirais pas sans mystères, puisqu'elle maintient jalousement le mystère de la Providence, le mystère de l'âme, et de l'Ame immortelle, — c'est aussi un christianisme sans histoire, qui supprime le temps et l'espace autour de Jean-Jacques, et le laisse en tête à tête avec un Jésus ami. C'est encore un christianisme sans rédemption et sans repentir, d'où le sentiment du péché a disparu, et dont Jean-Jacques est à la fois le prêtre et même le nouveau Christ. Pourtant, dans cette religion, qui garde si vivace la confiance en un Dieu « père commun des hommes », qui a laissé échapper le sens de la faiblesse humaine, mais qui a retenu celui de sa misère, qui pleure sur un paradis perdu, qui considère la vie terrestre comme un passage vers la vraie patrie/et qui attend si fermement pour le juste la réparation du siècle à venir, on ne peut pas dire que le christianisme soit mort. Ce n'en est plus peut-être la foi; c'en sont, du moins, les espérances.

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