‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 28 sur 239 · Lettre sur la vertu [vers · texte numérisé non relu

Lettre sur la vertu [vers

On se rappelle encore comme tout lui était devenu occasion pour préciser sa croyance devant ceux qui avaient part à son intimité. Ignatio Altuna, le curé philanthrope, ses commensaux et ses compagnons de ti'avail, bien d'autres, sans doute, avaient déjà reçu sa « profession de foi »; et, malgré certaines divergences verbales que les nuances d'émotions particulières rendaient inévitables, ces différentes professions de foi concordaient. Lui-même, dans sa Lettre à M. de Beaamont, « adjurait » tous ceux qui l'avaient connu, amis ou ennemis, de déclarer si, partout et dans toutes les circonstances, il n'avait pas eu le courage de sa foi, et si, devant toutes les négations « philosophiques », comme devant toutes les agressions « dévotes », il n'avait pas répété avec énergie le mot du diner Quinault : <( Et moi, messieurs, je crois en Dieu ' »,

Le succès de son premier Discours, où il s'était livré assez ingénument, et qui avait été comme un essai de confidence au public, ne pouvait que l'encourager. Désormais toute son œuvre ne sera, pour ainsi dire, qu'une série de « professions de foi ». Son retour à l'Église nationale, qui n'était pas seulement un geste public, mais qui semblait supposer l'acceptation d'un credo, devait augmenter en lui ce besoin de s'expliquer. Nous avons vu que, dans sa pensée, ce n'était pas, à proprement parler, une «■ conversion », mais qu'il voulait manifester par là l'authenticité de son civisme, sa résistance à la " philosophie » et sa fidélité chrétienne. Toutes ces intentions demandaient à être formulées; les affirmations philosophiques et religieuses, implicitement contenues dans un tel acte, entendaient ne pas rester secrètes. Mais il fallait trouver un prétexte qui justifiât cet exposé; il fallait trouver aussi quelqu'un qui l'écoutàt et qui fût digne de l'écouter. Pendant plusieurs

années, nous allons le voir en quéle de confidents, recommençant toujours une profession de foi qui déjà est arrêtée dans sa direction et ses principes essentiels, mais dont quelques articles de détail sont encore incertains et la méthode mal assurée. Avant de se rappeler " le bon prêtre » de Turin, et de s'incarner à la fois dans le Vicaire Savoyard et dans le jeune homme qui doit Técouter, il aura recours à d'autres truchements, et il saisira toutes les occasions, bonnes ou mauvaises, i)our épancher dans le sein d'un lecteur ami «- tous les sentiments de son cœur 1 ».

A peine installé à l'Ermitage, le poème de Voltaire sur le désastre de Lisbonne lui permet de s'expliquer, sinon sur toutes ses croyances, du moins sur celles qui le consolaient davantage. 11 voulait parler à un (c philosophe », en « ami de la vérité »,cœur à coeur, comme à un « maître qu'on honore » et à un « frère qu'on aime ». Je ne sais si Rousseau gardait alors pour Voltaire toute cette tendresse; mais il avait besoin de croire qu'il l'avait, pour se sentir à l'aise en face de lui, et pour pouvoir tout dire en toute franchise émue. Ce n'est pas encore une « entière profession de foi-» : c'est une profession de foi en la Providence. Sujet très général, que Jean-Jacques s'efforce pourtant de discuter dans le détail, sans trop oser regarder à droite et à gauche, vers les problèmes où il se sait encore mal armé. Pour justifier la Providence, il montre dans l'homme lui-même le principal artisan de ses misères, et il arrête notre pensée sur un horizon élargi, où l'on aperçoit que, sinon tout, du moins le tout, est bien ^

Mais il ne semble pas se rendre compte^ qu'avant de prouver un Dieu bon, il conviendrait de prouver Dieu; ou plutôt, il le sent, mais sent aussi son impuissance. Parvenu au ternie de sa démonstration, après avoir

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