‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 29 sur 239 · Lettre du 18 août 1756, X · texte numérisé non relu

Lettre du 18 août 1756, X

aligné, avec une bonne volonté parfaite, tous les arguments qui peuvent autoriser l'homme à croire qu'il n'est pas dans un monde sans direction ni sans bonté, il reconnaît <c naïvement » que toute sa démonstration rationnelle repose sur l'existence de Dieu, et que, cette existence, sa raison est incapable de la lui garantir K II avouait même, dans un passage qu'il se décida plus, tard à supprimer, que certaine objection de Diderot, — sur la possibilité dune naissance purement mécanique de l'univers, grâce au mouvement qui serait essentiel à la matière, — continuait à le troubler, et « qu'il n'y savait pas la moindre réponse qui eût le sens commun », sinon précisément de nier le principe de cette hypothèse : la liaison nécessaire de la matière et du mouvement. Il confessait que, dans cette négation, il ne pouvait alléguer que des << impossibilités morales », des « preuves de sentiment », une « opiniâtreté de croyance » qu'on aurait beau jeu d'appeler « préjugé », mais qu'on ne pourrait combattre en lui (( sans cruauté ^ ». Dieu, Providence, immortalité, tel est le petit credo rudimentaire qui se dégage de cette lettre. Le reste, insinue-t-il, est laissé aux disputeurs, et ne saurait intéresser les âmes de bonne volonté, qui ne demandent qu'à bien faire. « Le dogme n'est rien », disait-il dans une formule à laquelle il a renoncé, -mais qui marque en raccourci son attitude d'alors; « le dogme n'est rien, la morale est tout. Dieu n'exige point de nous de croire, puisqu'il ne nous en donne pas le pouvoir; mais il exige la pratique de la vertu, parce que chacun est maître de ses actions ». u Nous n'avons pas la même foi, ajoutait-il à son interlocuteur, nous avons au moins la même morale^ ». Et cette unanimité semblait lui suffire. Il faisait même sa cour à Voltaire, en adhérant bruyamment à quelques-unes des idées qu'il savait être ses favorites.

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