Con/essio/(s, VHI
2. Contrat social (IV, 8), III, .388. — Cf. le texte du Contrat primiùf, il la suite de l'édition Dreyfus-Brisac [33], 243 et suiv. Sur sa date probable (1753-1757) et sur l'hypothèse insoutenable de M. Schinz, qui voudrait reculer la rédaction de ce premier texte jusqu'en 1753, cf. mes Questions de chronologie roiisseauisle [635], 49-56. M. Schinz a eu le mérite de voir [627] que le chapitre •■ de la société générale du genre humain •> avait un accent <• philosophique » dont Rousseau s'est débarrassé plus tard avec ses amitiés encyclopédistes. Mais il a beaucoup exagéré la soi-disant « contradiction » qui aurait existé entre le dessein primitif du Contrat et les idées ultérieures de Rousseau. M. Beaulavon [63UJ le lui a bien montré; mais il aurait dû reconnaître à son tour, que, si ce chapitre d'introduction avait été supprimé par Rousseau de son texte définitif, c'est qu'il rendait vraiment un autre son que celui de la BcUgion civile, et qu'il témoignait, sur des questions essentielles, d'une hésitation et d'un flottement que ne connaissait plus l'auteur de la Julie et de VÉmile. La réplique de M. Schinz [83], XXI, 194-198, ne m'a pas paru modifier la position des deux contradicteurs.
préliminaires ne sont pas aussi strictement <( encyclopédistes » qu'on a cru les voir; et Diderot, qui y est cité, n'y est pas toujours approuvé'; mais l'esprit qui les anime est bien d'un « philosophe ». Celui qui les a écrites se refuse à « amener la religion à l'aide de la morale, et à faire intervenir la volonté de Dieu pour lier la société des hommes ». Le pacte social, selon lui, n'a point d'autre fondement qTie le pacte social lui-même : « la terre entière, s'écrie-t-il, regorgerait de sang, et le genre humain périrait bientôt, si la philosophie et les lois ne retenaient les fureurs du fanatisme, et si la voix des hommes n'était plus forte que celle des dieux ». Ne faisons donc pas de la religion la garantie du lien social, <c et rendons au philosophe l'examen d'une question que le théologien n'a jamais traitée «pinii pi(\judice du genre humain^ ». Plus tard, sans doute, il ne reconnaîtra pas davantage la compétence du « théologien » sur ce point; mais lauteur du Contrat définitif aurait eu, je crois, quelque scrupule à écarter Dieu délibérément de la morale sociale, alors qu'il couronnera sa politique par la religion, et fera de la croyance en Dieu la condition essentielle de la vie civicjue. Dans cette même introduction, le futur poète de la conscience semble encore lui refuser le magistère infaillible que- lui conférera son Vicaire Savoyard : il accei)te, pour récuser sa voix, l'objection des philosophes, qui ne voient en elle qu'une « habitude de juger et de sentir dans le sein de la société et selon ses lois ». Déjà pourtant, en ti^anscrivant cette objection, on sent qu'il ne l'approuve pas, et que la timidité de sa philosophie l'empêche seule de s'en remettre au dictamen de «. la voix intérieure ». Il n'ose pas avouer que « les notions du grand Être et de la loi naturelle sont innées dans tous les cœurs »; mais, pour son compte, « il le croit »; et, s'il barre cette parenthèse, c'est beaucoup
1. Cf. [3.3], 249-25U, les objections qu'il fait au système de Diderot sur .. la volonté générale « et [030], .593-595, les justes remarques de M. Beaulavon à ce sujet.