‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 36 sur 239 · Vill. 12U · texte numérisé non relu

Vill. 12U

LES rnEMlKRES « PROFESSIONS DE FOI ». 61

s'aclu'vait, - !<> clirislianismc suspecté des pasteurs do Genève lui avait fourni prétexte à parler du sien : « Les dix ou douze premières pages, écrit-il, contiennent sans détour, directement et sous mon nom, des sentiments, du moins aussi hardis et aussi durement énoncés », que les plus audacieux de YHèloïse, et, il aurait pu ajouter, de V Emile. K

Ces différents morceaux, comme il le dit encore, « respirent les mômes maximes; les mêmes manières de penser n"y sont pas plus déguisées; si le sujet ne les a pas rendues susceptibles du mémo développement, elles gagnent en force ce qu'elles perdent en étendue; et l'on y voit la profession de foi de l'auteur exprimée avec moins de réserve que celle du Vicaire Savoyard 2 ». Cependant, si ces trois « professions de foi », d'ailleurs contemporaines, « peuvent s'expliquer l'une par l'autre », elles conservent chacune leurs nuances, qui ne tiennent pas tant peut-être à des nuances de pensée qu'à des occasions différentes et à des besoins différents.

La Lettre à D'Alembert est une manifestation civique : c'est une œuvre de préservation nationale, le premier écrit que Jean-Jacques ait composé pour le public, depuis qu'il est redevenu citoyen authentique et chrétien réformé. Dans ce pamphlet genevois, où il semble parler au nom de Genève, et risquer ainsi de la compromettre, le sentiment de cette responsabilité le rend précautionneux dans ses formules sans vouloir se charger de la profession de foi des autres, et tout en sachant bien que la sienne ne concorde pas toujours avec celle des ministres, il essaye pourtant de les faire coïncider. Mais, s'il paraît contredire D'Alembert, on ne voit pas qu'il lui reproche autre chose qu'une tactique inopportune. S'il se refuse à traiter les ministres de « sociniens parfaits », c'est qu'il entend louer les gens « à leur, manière », et qu'en leur imposant un nom de secte qu'ils

1. Observaliùiis sur les rclranchements à la « Aouvelle Héloïse », V, 88.

Page 1