‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 40 sur 239 · Lettre du 18 août 1750, X · texte numérisé non relu

Lettre du 18 août 1750, X

vérités du u monde intellectuel ». Néanmoins, il n'est pas tout entier converti à la <( raison « : il admet qu' « il y a des principes communs, une évidence commune », mais « jusqu'à certain point » : » les bornes générales de la raison ne sont point fixées » ; « elle n"a pas de mesure commune bien déterminée, et il est injuste à tout homme de donner la sienne pour règle à celle des autres », La raison n'a d'autorité que dans les limites de « l'expérience »; elle permet alors de préciser « les vérités de pratique », sur lesquelles on peut asseoir la vie. Cette prudence et cette modestie intellectuelles, si elles pouvaient devenir contagieuses parmi les hommes divisés, suffiraient à arrêter l'orgueil du dogmatisme, à « établir la paix » dans le monde des esprits, et à « terminer à la fin les disputes des prêtres et des philosophes ' ».

C'est aussi à terminer cette interminable dispute, que la Nouvelle Héloïse, roman « utile » et « bon livre ' », — se propose de travailler. Rousseau l'a répété bien des fois. Sa Julie veut être une conciliatrice; elle entend « adoucir la haine réciproque des adversaires, en détruisant leurs préjugés, et montrer à chaque parti le mérite et la vertu dans l'autre.... Voilà, dit-il, le vrai but du livre '^ ». Pour préparer cette réconciliation de l'avenir, il ne ménage ni aux uns ni aux autres les vérités salutaires, mais dures. Les « philosophes », tristes interprètes de la vie, « toujours, d'après leur propre cœur, médisant du cœur de l'homme », expliquant toutes ses vertus par des vices cachés, destructeurs de la société comme des familles, se complaisent orgueilleusement dans leurs sophismes et

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