Religion essentielle [242], IJl, Lettre introductive
86 LA u PROFESSION DE FOI » DE JEAN-JACQUES.
voit que le terme est légèrement impropre : il vaudrait mieux parler d'une méthode suspensive, qui permet, au contraire, sur la vie et sur les devoirs de l'homme, des affirmations très décidées. Ce que le Vicaire entend, du moins, exprimer par la remarque de son disciple, c'est que la pinncipale nouveauté de la Profession est dans son accent ou dans sa méthode.
■^ Ce n'est pas la méthode cartésienne. A première lecture et si l'on s'arrêtait à l'identité de quelques expressions, on pourrait peut-être s'y tromper ^ : « J'étais, dit le Vicaire, dans ces dispositions d'incertitude et de doute que Descartes exige pour la recherche de la vérité »; mais cette analogie n'est qu'apparente.- Le doute de Descartes, qui agrandit en un doute universel des incertitudes partielles, ce doute, tout intellectuel et volontaire, n'est qu'un procédé de discussion et de recherche, tandis que celui de Rousseau s'impose à lui en dépit de ses efforts et de ses désirs. Ajoutons que celui de Descartes n'est nullement un « état flottant », <c peu fait pour durer », « inquiétant et pénible». Descartes y est resté neuf ans sans en souffrir; et, d'ailleurs, il laisse précisément hors de son doute ce qui inquiète surtout Rousseau, ce qui motive son examen : les devoirs pratiques, la morale et la religion -.
Il semblerait pourtant que Rousseau fît appel aux mêmes lumières pour sortir de son doute, et que « l'évidence » leur fût à tous deux un commun critérium. On se 'rappelle la première règle de la méthode cartésienne ^ : fu Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la [connusse évidemment êti'e telle, c'est-à-dire éviter soi-
1. M. A. Meynier s'y. est trompé: cf. son Rousseau révolutionnaire [624], 180-181.