‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 61 sur 239 · Cf. sa lettre à dom Deschamps, du 25 juin 1701 i · texte numérisé non relu

Cf. sa lettre à dom Deschamps, du 25 juin 1701 i

Ils ne l'admettent, du reste, que parce que la grande majorité des Ames contemporaines raflirme autour d'eux, et ({u'une expérience intérieure nous fait sentir à tous que la vérité doit être utile, ou plutôt que ce qui est utile est la vérité.

Le Vicaire Savoyard s'est rallié à ces maximes; il a appris « à borner ses recherches à ce qui l'intéressait immédiatement, à se reposer dans une profonde ignorance sur tout le reste '■ ». Devant cette recherche strictement utilitaire, l'univers apparaît comme partagé en deux mondes : celui « des choses qu'il importe de savoir », et celui des choses qui « ne mènent à rien dutile pour la pratique ». De ce point de vue, on peut dire que la vérité proprement dite n'existe plus, et qu'il ne demeure, pour mériter ce nom, que ce que les besoins de l'homme découpent dans l'univers et organisent en vue de son bonheur. Car, quand on dit que la vérité doit être « utile », on veut dire surtout qu'elle doit rendre la vie bonne, être une promesse de félicité, ou, dans la douleur, une consolation. L'ame incertaine du parti à prendre « penche du côté le plus consolant- ». Si ce côté est celui de l'erreur, elle accepte l'hypothèse sans frémir; elle se rassure, en pensant que, du moins, <( son erreur sera la sienne », c'est-à-dire sera « plus conforme » aux exigences de sa vie, et servira mieux sa destinée, qu'une vérité illusoire, qui nous échappe, parce qu'elle nous dépasse*. « L'homme n'est point fait pour méditer, mais pour agir », écrivait Jean- Jacques à un jeune disciple, au moment même où il composait la Profession ''. C'est aussi le principe du Vicaire,

1. 38-59. J'ai rappelé, plus haut, la formule si expressive d'un des manuscrits à cet endroit : « borner ses rectierches aux seules connaissances nécessaires au repos, à l'espoir et à la consolation de sa vie ".

2. t)l. Cf. Dialogues, IX, 340; lettres à Voltaire, du lU août 1756, X, 131, à dom Deschamps, du 8 mai 1761 [28], 148.

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