cf
que nous trouvons en nous-mêmes ' ». Alors l'homme, enfin conscient de sa faiblesse, et aussi de sa véritable force, se tourne vers le Dieu incompréhensible, mais certain, que son cœur atteste, et lui adresse cette déclaration, qui est *-im hommage sans regrets : « Le plus digne usage de ma raison est de sanéantii- devant toi - ». Ces maximes peuvent conduire loin. Elles conduiront, par exemple, le Vicaire Savoyard lui-même, malgré toutes les objections que sa raison lui suggère contre le dogme chrétien, à rester catholique et prêtre. Ce prêtre, dont toute la raison est hostile >iu christianisme, mais qui continue à « célébrer la messe avec vénération », tout pénétré « de l'insuffisance de l'esprit humain », et qui, au moment de la consécration, « prononce avec respect les mots sacrament^ux », en « tAchant d'anéantir sa raison devant la suprême intelligence ^ », est bien celui qui a commencé sa profession de foi par une logique irrationnelle, la logique du cœur.
De la Profession de foi, il se dégage donc comme un manuel de connaissance sentimentale. A. la place djmfi xaiamL.gu.s- , pecte, imj)uiss3iiJLay et q.ue -'son orgHéil égarera toujours, , c'est le cœur, plus humble, mais plus sincère, qui proclame \ les vérités de la vie : « c'est le sentiment intérieur qui doit mous condujjie^ «.Pourtant, après avoir malmène laraison avec des mots si durs, le Vicaire ne dédaigne pas d'y l'ecourir, pour trouver à ses doutes un apaisement intellectuel. Il achève peut-être ses démonstrations sur un appel au cœur, mais il commence par leur donner une solide subslructure rationnelle, qui suppose, eh eff£L,^lu£ji la__
raison nous est commune' ». Et suf-toul, quand il aborde le probTeïiiedèTârrévéïation, il a beau' déclarer qu'il ne le fait qu' « en tremblant », qu'il n'apporte dans cet examen a qu'incertitude et défiance », qu'il expose « plutôt ses
LA (' PROFESSION DE EOl 'i DU VICAIRE SAVOYARD. 93
doutes que son avis », et que « tiules ses affirmations ne sont que des raisons de douter ' », — son « ton affîrmatif " ne sera pas seulement Teflet de la discussion : il soutiendra des pensées très aftirmatives, elles aussi; et il semblera que " l'autorité de la raison », si suspecte, lorsqu'elle risque de conlirmer de « désolantes doctrines », se retrouve intacte, lorsquil s"agit de secouer les dogmes que Ton juge intolérables pour un co^ur sensible. Toute la méthode de la Pro-j" fission, dans la seconde partie, est d'un rationalisme ti strict et même cassant, avec « cette âprcté de langage qui sent la i)assion du sectaire. Nous y voyons un instant aux prises deux disputeurs, qui sont censés représenter les deux attitudes possibles en face de la religion révélée : , y X « Inspiré » et le « Raisonneur »; mais il s'en faut que le ^ Vicaire tienne la balance égale entre les deux combattants. Ce (c Raisonneur ». qu'il avait^cl'abord appelé le « Théiste » ou r « Homme », — montrant ainsi qu'ils avaient cause commune,"^ îlTui laisse dans la discussion le rôle honorable, et dissimule mal sa sympathie pour lui'^. Non seulement le (' Raisonneur » semble toujours avoir « raison », mais c'est lui qui clôture le dialogue, et ce sont ses arguments qui servent de point de départ pour la reprise personnelle de la discussion. Visiblement, Rousseau prencTX plaisir à le faire parler ; et, quand il lui a retiré la parole, on \ croirait que c'est encore le « Raisonneur » qui continu^ y Désormais, et jusqu'à ce qu'il s'arrête enfin à l'Évangile, nous remarquerons chez le Vicaire comme une griserie de '. raison », d'autant plus violente qu'il s'est plus longtemps abstenu de la « raison ». Après l'avoir congédiée comme une maîtresse d'erreur, et nous avoir prêché l'humilité intellectuelle, il sent s'éveiller en lui un rationaliste impénitent, et se redresse dans un sursaut de fierté, qui nous décon^ certe d'autant plus que nous y étions moins préparés : « ll^ n'y a rien de plus incontestable, s'écrie-t-il, que les prin-|