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F'audrait-il donc, — comme tant de critiques, et dès la première heure ', — crier à rincohércnce de Rousseau ou à sa mauvaise foi, et affecter de ne voir dans la Profession de son Vicaire qu'un amalgame de principes contradictoires, qui se détruisent les uns les autres? Je ne le crois pas. Cesf .^ ^ «( contradictions » sont plutôt des remous de pensée : un/ - *■ même courant y passe et les emporte. <c Je défie, dira Jean- Jacques à ses accusateurs, qu'on me montre dans la Profession de foi un seul point de doctrine attaqué, que je ne prouve être nuisible aux hommes, ou par lui-môme ou par ses inévitables effets - ». Cette remarque, si je ne me trompe, nous aide à mieux comprendre chez le Vicaire Savoyard la portée de son rationalisme : il n'est qu'un moyen. En se \ rejetant, à de certaines heures, sur la <( raison », Jean- Jacques reste (idèle à son principe utilitaire, de ne garder comme vérités directrices que celles qui seront « consolantes », salutaires, messagères de bonheur. Cette pensée du bonheur lait l'unité de sa recherche : il s'agit de trouver, parmi les vérités agréables ou utiles, celles que nous pouvons atteindre avec le minimum d'effort intellectuel, et qui effaroucheront le moins les susceptibilités de la « raison ». Ainsi s'éclaircissent, semble-t-il, les contradictions apparentes de cette méthode. Malgré les sursauts d'un rationalisme, d'autant plus âpre qu'il est plus intermittent, l'ensemble de. la méthode reste bien sentimental, parce que c'est le sentiment de Jean- Jacques — à la fois raison et cœur, si l'on peut ainsi parler, — qui reste la loi suprême.
A tous les tournants décisifs du discours, le Vicaire sel retranche derrière sa » bonne foi », ou fait appel à celle dej son disciple^, comme si, suivant. le mot de Marie Huber, « la bonne foi pouvait suffire à- tout ». Pour lui, comme pour elle, en effet, « la bonne foi envers soi-même est lintro-
1. Cf. par exemple, Deforis, Préservatif [S-Sa""-]. 106, 113, 128, 137, 261, 306 etc.