Discours sur L'inégalité, I
sa vie, il eut du courage ^ » ; et c'est précisément ce courage conscient qui donne à la Profession de foi du Vicaire Savoyard sa valeur morale, et, par endroits aussi, surtout dans la première rédaction, son allure de chant triomphal. A lire ces pages heureuses et fîères, on sent que celui qui vient enfin de trouver la certitude a rudement bataillé pour la conquérir.
Donc, puisque les philosophes l'accablaient de questions et d'objections, il était décidé à les regarder en face. Il discuterait avec eux, et ferait défiler devant lui leurs arguments. Cette première révision fut troublante. C'était, nous dit-il, « un tel labyrinthe d'embarras, de difficultés, d'objections, de tortuosités, de ténèbres, que vingt fois il fut tenté de tout abandonner'^ )>. Impression de scepticisme découragé, que nous retrouvons dans toutes les « professions de foi » où il a raconté la genèse de ses croyances, aussi bien dans celle du Vicaire Savoyard que dans les Lettres à Sophie ou dans VAllégorie sur la révélation. « Las enfin de flotter avec tant de contention entre le doute et l'erreur, rebuté de partager son esprit entre des systèmes sans preuves et des objections sans réplique », se demandant ce qu'il devait faire, « lui, qui cherchait sincèrement la vérité parmi ces foules de savants qui tous prétendent lavoir trouvée et se démentent mutuellement », comprenant surtout que ces beaux parleurs qui le harcèlent ne s'intéressent pas à la vérité, et travaillent bien plutôt pour la satisfaction de leur gloriole que pour le service du genre humain, — Jean-Jacques ne retirerait de son exjdoration à travers « cette épouvantable multitude de philosophes, dont le babil le confond », qu'un doute universel, si ce doute pouvait mettre son esprit à l'aise, et surtout en paix. Mais précisément, « sur les choses qu'il nous importe de connaître » et qu'il a soumises à son enquête, le doute est « un état trop violent » pour qu'on puisse y demeurer : il