première rédaction
la mort de Jc'sus sont iliin Dieu >'. ( Avec tout cela », le N^icaire })eut bien reconnaître que ce ■■ même Évangile est plein de choses incroyables » ; — les paroles décisives et IVappantes ont été dites, qui ne s'oublient plus; et qui invidideiit, en quelque sorte, ce qui précède et ce qui suil. Dans ce parallèle- de Socrate et de Jésus, Piousseau reprenait un thème jilus d'une fois amorcé par les aiiologistes, à cpii leurs advei-saires l'avaient impose'', 't'oni i('m'(miiiiiimiI eucoi'e, son conq)atriote, Jacol) \'ernet. luMiil (l('\ rlo|)p('- avec une ampleur un peu molle et froide '. A ri'lii'c les deux morceaux, on dirait que c'est le i)arallèle de \'ernet (|ui est ro'uvre d'un « philosophe 5), et celui de Jean-Jacques d'un "pasteur. Tout l'art de l'écrivain, qui est ici très savant et très complaisammcnt savant, n'est pas parvenu à exténuer une émotion qu'on sent profonde, une admiration qui vient du « cœur- ».
Mais ici, dira-t-on, il parle de Jésus, et point de son
Église. Pourtant cette même Église chrétienne, qu'il a
théoriquement condamnée, lorsqu'elle se présente comme
la dépositaire d'une révélation, il la célèbre pratiquement
comme lune des grandes forces bienfaisantes de la vie
I sociale. Il n'y a « rien de si beau que d'être curé; un bon
! curé est un ministre de bonté ' »; ri-]glise doit être, et, en
i un certain sens, esl un fennriit dr moralité publique.
i Dans la longue noie (jui Icnniiic la l'r<ij'(.'ssion, la volte-
I face irrationnelle de Jean-Jactpiessend»le (^ncore s'accuser.
I Entre le fanatisme et fathéisme, dont il s'amuse, après
\Bayle et tant d'autres S à mettre en balance les inconvé-
jnients respectifs, il no semble pas que la raison puisse
1. Vérité de la religion, VI, 5 [251], 111, 132-135. Cf. le texte de Verncl, et ceux de Rollin, Saint-Aubin, Murait, etc., dans la note 6 des p. 405-409.
4. Cf. le texte des Pensées sur la comète, et les autres textes du xvin" siècle cités à la noie 8 des p. 453-455.
LA " PROFESSIOiN DE FOI » DU VICAIRE SAVOYARD. 100
Ix'siter; elle a fait sa réponse par la bouche do Plutarque : " 11 vaudrait mieux n'avoir aucune idée de la Divinité, que d'en avoir des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes d'elle ' ^k Eh bien! cette réponse de la « raison » devient çadiiq-iie dans l'action quotidienne : <( Le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, est une passion grande et forte, qui élève le cœur de l'homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un ressort prodigieux, et qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus 2 ». Dans cet élo^ge déconcertant du fanatisme, Jean-Jacques a cédé peut-être à la tentation inconsciente d'exaspérer les « philosophes » et de scandaliser ses amis de la veille comme par une gageure; mais, en faisant sa part à l'entraînement inévitable de la dispute, il reste chez lui cette conviction que la religion est nécessaire à l'homme, <■ et que, sans la foi, nulle véritable vertu n'existe-' ». Il faut, comme disent les Persans, un « Poul- Serrho », c'est-à-dire il faut à la vie une sanction et une garantie. Le Poul-Serrho du christianisme })révient ou répare le mal, excite au bien, et donne aux gouvernements une stabilité, une autorité, une humanité, que la « philosophie » serait impuissante à leur obtenir '*.
Ce sont là des louanges traditionnelles, et presque usées, à force d'avoir été reprises par les moralistes chrétiens; mais ce qui leur confère ici une valeur nouvelle, ce n'est pas seulement leur accent, c'est le réquisitoire dont elles sont précédées, cl qui détruit brutalement l'imposante pj^ramide que la « philosophie » avait élevée à sa gloire : « L'irréligion, disait Jean- Jacques, et, en général, l'esprit raisonneur et philosopliique, attache à la vie, efféminé, avilit les âmes, con-
1. Emile, II, 230; cf. la même pensée exprimée sous une autre forme dans la Profession, p. 153, et les textes « [jhiiosoptiiques.», cités il la note 2.